Un trombone qui anticipe vos besoins : le laboratoire CMU donne vie à des objets du quotidien grâce à l’IA
Une agrafeuse qui anticipe vos besoins : grâce à l’intelligence artificielle, les objets du quotidien deviennent des assistants proactifs. À l’Institut d’interaction homme-machine (HCII) de l’Université Carnegie Mellon, des chercheurs ont mis au point un système permettant à des objets ordinaires — comme une tasse, une assiette ou un couteau — de se déplacer sur des plateformes mobiles pour intervenir au bon moment, sans qu’on ait à les solliciter. L’un de ces prototypes, une agrafeuse sur un chariot mobile, se déplace sur le bureau pour se placer exactement là où la main du utilisateur est prête à l’utiliser. Ce système repose sur une combinaison de vision par ordinateur, de modèles de langage à grande échelle (LLM) et de robotique mobile. Une caméra fixée au plafond surveille l’environnement, suit les mouvements des personnes et des objets, puis transforme cette information visuelle en une description textuelle du scénario. Un LLM analyse cette description pour deviner les intentions de l’utilisateur — par exemple, s’il prépare un repas ou s’il cherche à organiser son bureau — et prédit les actions les plus utiles. Le système transmet ensuite ces prédictions à l’objet concerné, qui se déplace alors de manière autonome pour aider, comme un couteau qui s’écarte juste avant qu’on ne le heurte. Ce projet, présenté au symposium 2025 de l’ACM sur les logiciels et technologies d’interface utilisateur à Busan, au Corée, s’inscrit dans une démarche d’« intelligence physique discrète ». « Nous voulons créer des systèmes adaptatifs pour les interactions physiques, qui s’intègrent sans heurt dans la vie quotidienne », explique Alexandra Ion, professeure adjointe à l’HCII et responsable du laboratoire Interactive Structures. Contrairement aux assistants numériques qui attendent une commande, ces objets agissent spontanément, en se fondant sur l’observation et la prédiction. Violet Han, doctorante au sein du laboratoire, souligne l’importance de partir d’objets familiers : « Les gens font déjà confiance à leurs objets du quotidien. En renforçant leurs capacités grâce à l’IA, on peut renforcer cette confiance tout en rendant l’assistance plus naturelle. » L’équipe explore désormais des applications dans les maisons, les bureaux, les hôpitaux ou les usines, avec des scénarios comme un étagère qui se déploie automatiquement quand on rentre avec des courses, ou un plateau qui se rapproche d’un patient pour lui offrir une boisson. L’objectif ultime est de développer des interfaces physiques intuitives, sûres et fiables, capables d’apporter une aide constante sans jamais être intrusives. « L’idée, c’est que la technologie devienne si bien intégrée qu’elle passe presque inaperçue, tout en offrant une fonctionnalité nouvelle », affirme Alexandra Ion dans une interview du podcast Does Compute de la faculté des sciences informatiques de Carnegie Mellon. Ce travail, publié dans les actes du symposium ACM UIST 2025, ouvre la voie à une nouvelle génération d’objets intelligents, capables de comprendre et de répondre aux besoins humains de manière proactive, tout en respectant l’intimité et la fluidité du quotidien.
