Alphabet s’endette pour financer son pari IA, tout en mettant en garde contre les risques croissants
Alphabet, le groupe mère de Google, annonce un nouvel engagement massif dans les investissements liés à l’intelligence artificielle (IA), tout en mettant en garde contre les risques croissants liés à cette transformation. Dans son rapport annuel déposé auprès de la SEC, la société reconnaît que l’essor de l’IA pourrait affecter son cœur de métier, la publicité en ligne, notamment par une baisse potentielle de l’usage de la recherche sur internet. Elle prévoit également des risques liés à une surcapacité de calcul résultant de ses investissements colossaux dans l’infrastructure technologique. Pour financer cette expansion, Alphabet envisage de lever 20 milliards de dollars via une émission d’obligations aux États-Unis, selon des sources proches du dossier. Ce financement s’inscrit dans une stratégie plus large : quatre échéances d’obligations, dont une emprunte à 100 ans en livres sterling, déjà cinq fois sur-souscrite. Cette opération, initialement prévue à 15 milliards, suit une précédente émission de 25 milliards de dollars en novembre 2024, faisant passer la dette à long terme d’Alphabet à 46,5 milliards de dollars en 2025, soit un quadruplement en un an. Le directeur financier Anat Ashkenazi a insisté sur la nécessité d’une gestion financière responsable, tout en poursuivant des investissements stratégiques. Le PDG Sundar Pichai a quant à lui révélé que la principale préoccupation des dirigeants reste la capacité de calcul, ainsi que les contraintes liées à l’énergie, à l’acquisition de terrains, et à la chaîne d’approvisionnement. Les quatre géants technologiques – Alphabet, Microsoft, Meta et Amazon – devraient multiplier leurs dépenses en capital (capex) de plus de 60 % par rapport aux niveaux historiques atteints en 2025, en s’approvisionnant massivement en puces haut de gamme, en construisant de nouveaux centres de données et en développant des infrastructures réseau. Au cœur de la stratégie d’Alphabet figure Gemini, son modèle de langage massif et son assistant IA, qui s’affronte directement à OpenAI et Anthropic. Pichai a annoncé que l’application Gemini compte désormais plus de 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels, en hausse par rapport aux 650 millions du trimestre précédent. Malgré cette croissance, Google doit faire face à une menace potentielle : l’adoption généralisée de l’IA pourrait réduire la fréquence des recherches traditionnelles, menaçant son modèle publicitaire dominant. Cette menace est désormais explicitement mentionnée dans le rapport de risque de l’entreprise. « Il n’y a aucune garantie que nous adapterons efficacement et de manière compétitive à ce changement, et que ces nouveaux formats publicitaires seront couronnés de succès », prévient le document. Néanmoins, les résultats financiers restent solides : le chiffre d’affaires publicitaire a augmenté de 13,5 % au quatrième trimestre, atteignant 82,28 milliards de dollars. Cette performance témoigne de la capacité actuelle de Google à maintenir sa position dominante malgré les bouleversements liés à l’IA. En termes d’évaluation, les analystes soulignent que les investissements d’Alphabet sont ambitieux mais nécessaires pour rester compétitif dans un secteur en pleine mutation. L’entreprise a démontré une capacité remarquable à générer des retours sur investissement, comme le montre l’efficacité de ses dépenses en capital. Toutefois, la montée en puissance de la concurrence, les coûts croissants de l’infrastructure et les incertitudes réglementaires demeurent des facteurs de risque majeurs.
