Agentic AI en finance en Indonésie : révolution technologique ou défi réglementaire ?
L’intelligence artificielle agente (Agentic AI) suscite un intérêt croissant dans le secteur financier, notamment en Indonésie, où elle est perçue à la fois comme une opportunité stratégique et un défi technologique, réglementaire et organisationnel. À l’occasion de la conférence Agentic AI for Finance organisée à Jakarta le 16 octobre 2025 par Algoritma Data Science School, des acteurs clés du secteur — banques, assureurs, fintechs, institutions gouvernementales comme le BPK (Cour des comptes) et startups spécialisées — ont partagé leurs expériences et perspectives sur l’intégration de ces systèmes autonomes. Un des enjeux centraux abordés est la mesure du retour sur investissement (ROI) des projets d’IA. Face à la difficulté d’isoler la valeur générée par l’IA dans des processus complexes et interdépendants, les organisations commencent à adopter une approche plus holistique : le Return on Value (ROV), qui prend en compte non seulement les bénéfices financiers, mais aussi l’amélioration de la productivité, l’excellence technique et la création de nouveaux flux de revenus. Parallèlement, le Coût de l’inaction (COI) émerge comme un argument puissant : retarder l’adoption de l’IA expose les entreprises à des risques de désavantage concurrentiel, de perte de talents et d’inefficacité opérationnelle face à des concurrents plus agiles. La réglementation joue un rôle crucial, notamment en Indonésie où l’Autorité des services financiers (OJK) impose que les centres de données et les systèmes de sauvegarde restent physiquement situés sur le territoire national (Règlement OJK n°11/POJK.03/2022). Cette exigence limite fortement l’adoption du cloud public, poussant les institutions à privilégier des infrastructures hybrides ou locales. La sécurité des données et la conformité sont donc des préalables absolus avant tout déploiement d’IA, surtout dans un contexte de cybermenaces croissantes. Plusieurs cas d’usage concrets ont été présentés. Le premier concerne la génération automatisée de rapports financiers : des agents spécialisés en analyse de marché, en extraction de données ou en rédaction collaborent pour produire des rapports précis et actualisés en quelques secondes, sur demande naturelle. L’efficacité repose sur l’utilisation de sources de données fiables — comme l’API de Sectors.app — pour éviter les hallucinations. Un projet personnel développé avec l’API Sectors.app, l’SDK OpenAI Agents et Streamlit illustre cette approche, permettant aux utilisateurs d’interroger des données boursières indonésiennes via une interface simple. Un autre cas marquant est celui du BPK, qui a intégré l’IA via sa plateforme BIDICS en collaboration avec Supertype. L’IA permet d’extraire, de classer et d’analyser des milliers de documents d’audit, offrant des insights préliminaires pour le plan d’audit. Un contrôle humain reste indispensable, renforçant la confiance et la responsabilité. Ce modèle montre que la réglementation n’empêche pas l’innovation, à condition de l’accompagner de transparence, de sécurité et de gouvernance. Enfin, NOTAPOS, une plateforme de gestion documentaire juridique, a démontré que l’IA peut réduire des processus manuels de 18 heures à 30 minutes. Cependant, le fondateur a souligné un paradoxe : la rapidité de l’évolution des LLM rend parfois obsolètes les modèles personnalisés construits à la main. Cela soulève la question cruciale : attendre le prochain bond technologique ou agir maintenant ? La réponse, selon les experts, est d’adopter une posture d’adaptabilité, en anticipant les évolutions à court terme plutôt que de se figer. Enfin, la question de la remplacement des humains par l’IA a suscité des débats nuancés. La majorité des participants s’accordent à dire que l’objectif n’est pas la substitution, mais l’amplification humaine. Cela exige des programmes de formation ciblés, une culture d’innovation et un leadership engagé pour surmonter la résistance au changement. Certaines entreprises ont déjà repensé des postes administratifs vers des rôles plus orientés client, illustrant une transformation des métiers. En somme, l’Agentic AI ouvre des perspectives majeures en finance, mais son succès dépend d’un équilibre délicat entre innovation, conformité, sécurité, et préparation humaine. L’Indonésie, en tant que marché en pleine croissance, se positionne comme un laboratoire important pour l’adoption responsable de ces technologies dans un cadre réglementaire strict. La clé réside moins dans la technologie elle-même que dans la capacité à s’adapter, à innover avec prudence et à former les talents de demain.
