Réseaux sociaux et IA : des promesses de soutien vagues
Deux nouvelles études présentées lors de la conférence CSCW 2026 à Salt Lake City, du 1er au 14 octobre, mettent en lumière les écarts croissants entre les promesses technologiques et la réalité vécue par les utilisateurs vulnérables. Dirigées par Pamela Wisniewski, chercheuse principale à l'International Computer Science Institute, ces recherches examinent respectivement la communication des plateformes sociales sur la sécurité des jeunes et l'efficacité des chatbots dans l'accompagnement des aidants de patients atteints d'Alzheimer. La première étude, publiée sur le serveur arXiv, analyse plus de 350 communiqués et articles de blog publiés entre YouTube, TikTok, Meta et Snapchat sur une période de cinq ans. Les chercheurs constatent que les communications sur la sécurité numérique manquent souvent de transparence et de vérifiabilité. Les plateformes tendent à décrire leurs outils de protection de manière vague, sans fournir de critères d'évaluation clairs ou de résultats mesurables. De plus, le discours public met principalement l'accent sur la responsabilité des parents et le comportement des jeunes, reléguant au second plan les questions de conception technique, de collecte de données et de modèles économiques. Cette approche risque de transférer la charge de la protection vers les familles, alors que de nombreux dangers sont inhérents à l'architecture même des réseaux. Wisniewski appelle à une communication plus honnête et chiffrée sur le fonctionnement réel des filtres et leur efficacité. La seconde recherche, primée pour son impact lors de la conférence, évalue la capacité des intelligences artificielles à assister les personnes s'occupant de proches malades. En analysant 85 questions réelles déposées sur la communauté ALZConnected, l'équipe a comparé les réponses de pairs aidants, de médecins, de ChatGPT et d'un chatbot spécialisé nommé CareGPT. Les résultats montrent que les assistants numériques obtiennent des scores élevés en politesse et en soutien émotionnel apparent, tout en restant comparables aux cliniciens sur le plan informatif. Pourtant, ils se révèlent nettement moins contextuels et narratifs que les humains. Le modèle spécialisé n'a d'ailleurs pas réussi à offrir une expérience plus naturelle. Si les chatbots délivrent des conseils précis, ils passent à côté des dimensions pratiques, juridiques et émotionnelles centrales pour les aidants. Les pairs humains, forts de leur vécu, couvrent un spectre bien plus large et adapté aux réalités complexes du soin. Ces travaux soulignent un risque majeur : confondre une réponse numérique polie et bien structurée avec un accompagnement véritable. Alors que les systèmes d'IA s'intègrent davantage dans le domaine de la santé et de l'éducation, il est crucial de concevoir des outils qui répondent aux besoins profonds des utilisateurs plutôt qu'à une simple apparence de soutien. Pamela Wisniewski participera d'ailleurs le 26 octobre à un atelier de l'Académie nationale des sciences des États-Unis pour examiner les effets des technologies numériques sur le développement cérébral, renforçant ainsi la prise de conscience sur l'impact réel de ces innovations sur les populations sensibles.
