ASML défend son monopole : aucun concurrent à l'horizon
Christophe Fouquet, PDG d'ASML, a fermement défendu la position monopolistique de son entreprise lors d'une interview préalable à la conférence mondiale de l'Institut Milken. Basée aux Pays-Bas, ASML détient le monopole mondial sur la lithographie par ultraviolets extrêmes (EUV), la technologie indispensable pour graver les motifs microscopiques sur les puces électroniques qui alimentent l'intelligence artificielle. Cette domination a rendu ASML la société la plus valorisée d'Europe, avec une capitalisation dépassant 530 milliards de dollars. La demande de machines ASML a explosé avec la croissance de l'IA, entraînée par les investissements massifs de géants américains comme Microsoft, Meta, Amazon et Google. Ces entreprises ont engagé plus de 600 milliards de dollars en infrastructure cette année seulement, créant un goulot d'étranglement mondial qui pourrait durer plusieurs années. Fouquet a admis que l'explosion de l'IA a surpris l'industrie, soulignant la difficulté d'assurer la production de puces à la hauteur de cette demande démesurée. Face aux critiques sur le coût prohibitif des nouveaux systèmes EUV à haute ouverture numérique (high-NA), estimés à plus de 350 millions de dollars pièce, le PDG a rétorqué que leur utilisation réduit le coût de fabrication des puces d'environ 20 à 30 %. Il a rappelé que, comme pour les modèles précédents, le prix initial élevé tend à baisser une fois la technologie maîtrisée à grande échelle. Plusieurs concurrents potentiels ont émergé, suscitent des inquiétudes stratégiques. Une start-up américaine, Substrate, fondée par un protégé de Peter Thiel, réclame la capacité de construire des machines de lithographie rivales. Fouquet a minimisé ces revendications, expliquant qu'produire une image est une chose, mais la fabriquer en grande quantité, à faible coût et avec une précision nanométrique en est une autre. Il a souligné qu'ASML a passé vingt ans à résoudre un problème unique, l'émission de lumière EUV, sur la base de connaissances préexistantes. En outre, des rapports indiquent que d'anciennes ingénieurs d'ASML en Chine auraient tenté de reproduire la technologie par ingénierie inverse. Fouquet a fermement rejeté cette affirmation, affirmant qu'aucun système EUV n'a jamais été exporté en Chine et qu'aucun employé n'y a été formé sur ces équipements. L'entreprise maintient une séparation stricte au sein de ses structures pour protéger sa propriété intellectuelle. Concernant les exportations, Fouquet a exprimé son accord avec la stratégie de Jensen Huang, directeur de Nvidia, qui préconise de maintenir un écart de génération entre les produits vendus sur le marché intérieur et ceux exportés. Cette approche permet de continuer à réaliser des ventes tout en préservant l'avantage technologique national. ASML adopte actuellement une stratégie similaire, vendant à la Chine des outils datant de plusieurs années tout en conservant les dernières technologies pour le marché domestique. Le PDG a également noté la bonne qualité des dialogues avec les autorités américaines, bien qu'il reconnaisse la complexité de l'équilibre entre les intérêts commerciaux et la sécurité nationale. Il reste confiant que la difficulté technique extrême et la décennie d'innovation collective nécessaires à la production d'un système EUV constituent la meilleure protection d'ASML contre toute tentative de rattrapage rapide.
