AI en pleine croissance, emplois en chute libre : pourquoi les géants de la tech licencient-ils malgré leur succès ?
Malgré leur croissance fulgurante et leurs bénéfices record tirés de la révolution de l’intelligence artificielle, des géants comme Meta, Google et Broadcom continuent de supprimer des emplois dans leurs équipes techniques. Cette tendance, loin d’être liée à une baisse de performance, reflète une transformation profonde du modèle économique tech. Selon Brad Gastwirth, responsable mondial de la recherche chez Circular Technology, ces suppressions ne sont pas des licenciements dus à une faiblesse économique, mais le résultat d’un repositionnement stratégique : l’IA fonctionne trop bien, pas trop mal. Meta a récemment supprimé 600 postes au sein de son groupe Meta Superintelligence Labs, un centre de recherche avancée. Cette mesure s’inscrit dans une refonte interne massive, passant d’un mode « recherche » à un mode « productisation ». L’entreprise, qui mène des centaines d’initiatives parallèles autour de Llama, de l’infrastructure, de la modération de contenu ou de l’optimisation des publicités, a identifié des redondances au sein de ses équipes de recherche et de soutien. Une fois les modèles entraînés et déployés, les tâches manuelles comme l’étiquetage de données ou la conception d’architectures sont de plus en plus automatisées par des outils internes. Comme le souligne Gastwirth, « c’est comme après qu’un avion atteint son altitude de croisière : on a besoin de moins de personnel dans le cockpit ». Le travail intensif de formation et de développement est terminé. L’accent est désormais mis sur l’efficacité, la détection d’erreurs (inference), et surtout la monétisation. Ce phénomène n’est pas isolé à Meta. Google réduit ses cadres, Broadcom réduit ses effectifs, tandis que Microsoft investit massivement dans l’infrastructure IA tout en rationalisant ses équipes. Ces entreprises ne réduisent pas leur ambition, mais leur manière de l’atteindre. L’IA ne remplace pas les idées, mais les processus répétitifs et coordonnés qui les mettaient en œuvre. En somme, ce n’est pas une crise, mais une révolution : l’IA remplace non pas les créateurs, mais les exécutants. Comme l’industrie a autrefois remplacé la force physique par la machine, l’intelligence artificielle remplace la répétition et la coordination humaine. Les entreprises ne veulent pas moins d’innovation, mais moins de main-d’œuvre pour la produire. Ce changement structurel, bien que douloureux pour les travailleurs concernés, illustre la puissance transformante de l’IA : elle ne crée pas seulement de nouvelles opportunités, elle redéfinit ce que signifie « travailler » dans le secteur technologique.
