Absence de norme commune pour l'IA en journalisme
Une étude menée par l'Université du Kansas révèle un manque de cohérence majeur dans l'enseignement de l'intelligence artificielle (IA) au sein des programmes de journalisme aux États-Unis. Alors que l'IA s'intègre de plus en plus aux pratiques professionnelles d'écriture, de recherche et de édition, les futures générations de journalistes reçoivent des messages contradictoires selon leur établissement ou même leur cours spécifique. Cette dispersion des approches risque de confondre les étudiants et de nuire à leur préparation professionnelle. La recherche, publiée dans le Journal of Journalism & Mass Communication Educator, a analysé les syllabus de soixante cours dispensés dans dix-huit établissements universitaires. Les chercheurs ont identifié trois modèles d'approche principaux. Le premier considère l'IA comme une menace pour l'intégrité académique et les standards professionnels. Dans cette optique, l'utilisation de l'IA pour générer du texte est souvent strictement interdite et assimilée à du plagiat, car elle supposerait un manque de jugement rhétorique. Le deuxième modèle traite l'IA comme un outil autorisé sous des conditions strictes. Ce cadre est particulièrement fréquent dans les cours de design et de photographie. L'IA y est acceptée pour des tâches périphériques comme la vérification de la grammaire, mais avec des avertissements répétés concernant les biais et les hallucinations de la technologie. Son utilisation comme rédacteur autonome reste généralement prohibée. Le troisième modèle aborde l'IA comme un sujet d'enquête éthique et professionnelle, une approche courante dans les cours de déontologie et de droit. Les étudiants y sont encouragés à analyser les défis que l'IA pose au secteur des médias plutôt que de se concentrer uniquement sur son utilisation pratique. Samuel Muzhingi, doctorant à l'origine du projet de recherche, a constaté que cette incohérence existait même au sein d'une même institution. Cette diversité de règles crée une situation où les étudiants ne savent pas quelle consigne suivre, ce qui compromet leur apprentissage. Alyssa Appelman, professeur associée et co-auteure de l'étude, souligne que le secteur professionnel tente encore d'établir ses propres normes. Par conséquent, il est crucial que les établissements d'enseignement unifient leurs positions pour mieux préparer leurs élèves aux réalités du marché du travail. L'étude suggère que des organismes d'accréditation, comme l'Association for Education in Journalism and Mass Communication, pourraient jouer un rôle clé en édictant des lignes directrices claires. Bien que l'IA ne puisse être évitée, son intégration doit être intentionnelle et critique. Les enseignants doivent être transparents sur les attentes dès le début du semestre ou de chaque assignment. Sans une clarification des frontières entre usage acceptable et usage inacceptable, les étudiants entreront sur le marché du travail avec des compétences hétérogènes et une compréhension variable des risques éthiques. Les chercheurs prévoient de poursuivre leurs travaux pour évaluer comment des directives plus claires influencent l'engagement éthique des étudiants face à ces outils technologiques.
