Départs massifs chez xAI : désillusion, direction controversée et fuite vers de nouveaux projets
Depuis plusieurs jours, l’entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk, xAI, fait l’objet d’un exode massif de personnel, marqué par les départs successifs de deux de ses cofondateurs, Yuhuai (Tony) Wu et Jimmy Ba, qui ont annoncé leur départ sur X (anciennement Twitter) en précisant qu’il était « temps pour leur prochaine étape » et qu’ils souhaitaient « recalibrer leur gradient sur la grande perspective ». Ces départs laissent xAI avec seulement six des douze cofondateurs originels. Par ailleurs, plusieurs employés ont également quitté la société, certains annonçant la création de nouvelles startups spécialisées en IA. Cette vague de départs intervient après la fusion annoncée entre xAI, SpaceX et X (le réseau social), qui a donné naissance à une entité ultra-intégrée sous l’égide d’Elon Musk, valorisée à 1,25 trillion de dollars. Dans une réunion interne, Musk a évoqué des projets ambitieux, comme la construction d’une usine de satellites IA et d’une ville sur la Lune, visant à développer des centres de données spatiaux. Cette transformation a été présentée comme une restructuration nécessaire, avec des « séparations malheureuses » selon Musk, mais de nombreux anciens employés affirment que la direction prise par l’entreprise a conduit à une perte de motivation et de vision. Des sources anonymes, dont certaines ont quitté l’entreprise avant la récente restructuration, décrivent un climat de déception. Selon elles, xAI se contente de rattraper ses concurrents comme OpenAI ou Anthropic, sans innovation véritable. L’accent mis sur les contenus NSFW (non sécurisés) dans Grok, notamment, serait lié à la disparition du service de sécurité, réduit à des filtres basiques contre le contenu illégal comme le CSAM. « La sécurité est une organisation morte chez xAI », affirme l’un des anciens employés, soulignant l’absence totale de mention du service de sécurité dans la nouvelle structure organisationnelle publiée par Musk. Un autre ancien collaborateur critique la culture décisionnelle, où les choix stratégiques sont souvent pris dans un groupe de discussion public sur X, avec Musk en ligne, ce qui favorise la pression et l’absence de réflexion approfondie. Il décrit une culture où « on survit en se taisant et en faisant ce que veut Elon ». D’autres dénoncent l’absence de « paris risqués » : les équipes n’osent pas innover là où personne n’a encore marché. Ces frustrations ont poussé plusieurs anciens employés à lancer leurs propres projets. Vahid Kazemi a déclaré sur X qu’il partait « construire quelque chose de nouveau », car « toutes les laboratoires d’IA construisent la même chose, c’est ennuyeux ». D’autres ont fondé Nuraline, une startup d’infrastructure IA, avec pour objectif de repenser l’ensemble du système, pas seulement les poids du modèle. « L’apprentissage ne devrait pas s’arrêter aux poids, mais continuer à améliorer chaque composant d’un système d’IA », estime l’un d’eux. En somme, derrière le départ massif, se profile une crise de direction : la vision de Musk, centrée sur la vitesse, la liberté de création et l’intégration verticale, heurte les attentes d’une équipe soucieuse de sécurité, d’innovation fondamentale et de culture de l’innovation responsable. Les départs signalent non seulement une perte de talents, mais aussi un profond désalignement entre les ambitions technologiques et les valeurs éthiques et organisationnelles.
