Yann LeCun détaille la stratégie d'AMI Labs vers les robots
Lors d'un entretien accordé à La Tribune pour la conférence AIM 2026, à Marseille, Yann LeCun, pionnier du deep learning, a détaillé la feuille de route d'AMI Labs, la start-up d'intelligence artificielle qu'il a fondée après avoir quitté Meta. Six mois après sa création, l'entreprise compte 50 à 60 chercheurs répartis entre Paris, New York, Montréal et Singapour, avec un siège parisien. Après une levée de fonds d'amorce d'environ 1,03 milliard de dollars bouclée en mars, AMI Labs reste surtout engagée dans la recherche, sans produit imminent annoncé. Le projet repose sur les modèles du monde, c'est-à-dire des systèmes entraînés à comprendre et prédire les conséquences d'une action sur l'environnement. LeCun estime que les grands modèles de langage, bien qu'utiles, restent limités pour agir de façon fiable dans le monde physique. Son architecture JEPA évite de générer pixel par pixel et apprend des représentations abstraites concentrées sur l'information utile, par exemple le freinage d'une voiture plutôt que le mouvement des feuilles. En mars, le modèle LeWorldModel a été présenté comme un système léger, entraînable en quelques heures sur une seule carte graphique, avec une planification jusqu'à 48 fois plus rapide que certaines approches massives. En octobre, H-JEPA a ajouté une capacité de planification multi-échelle, avec un taux de réussite de 73 % contre 18 % sur une simulation de navigation. La première étape commerciale d'AMI Labs sera donc scientifique, avec des publications présentant les méthodes et leurs capacités. Viendront ensuite des solutions destinées aux entreprises, surtout pour le contrôle de procédés industriels. Les capteurs installés dans les usines, centrales ou moteurs peuvent servir à entraîner des modèles prédisant les dysfonctionnements, les pannes ou l'impact d'un réglage, sans modéliser manuellement chaque phénomène physique comme dans un jumeau numérique classique. LeCun voit aussi des applications médicales, avec des modèles capables de simuler l'état d'un patient pour tester l'effet d'un traitement. AMI Labs collabore déjà avec l'éditeur d'outils d'IA pour la santé Nabla, dont l'ancien dirigeant Alexandre Lebrun préside la start-up. Les robots domestiques, les véhicules autonomes ou la logistique restent l'ambition à plus long terme. LeCun refuse toutefois de donner une date, estimant qu'il faut prouver une compréhension robuste du monde physique, pas seulement réussir une démonstration vidéo. AMI Labs vise à fournir le cerveau des robots plutôt que leur matériel. La trajectoire tranche avec celle de World Labs, cofondée par Fei-Fei Li, qui a déjà un produit et a annoncé une acquisition par AMD pour environ 8,2 milliards de dollars. De son côté, LeCun fait le choix de rester indépendant, avec des avancées scientifiques censées déterminer le rythme de la commercialisation.
