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Anthropic: ses équipes jugent l'IA risquée pour l'emploi

Anthropic a publié une étude vendredi qui met en lumière un décalage marqué entre la perception de ses propres salariés et celle des adultes américains sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le travail. En comparant un sondage interne portant sur 1 334 employés à des enquêtes menées auprès du grand public, la startup constate que la majorité de ses collaborateurs considèrent que l’IA pourra accomplir au moins 80 % de leurs tâches d’ici 2030. À l’inverse, seulement environ 5 % des personnes interrogées aux États-Unis partagent cette opinion. Ce fossé s’observe aussi dans les prévisions économiques. La majorité des salariés d’Anthropic s’attendent à un taux de chômage supérieur à 12 % en 2030, alors que la plupart des adultes américains anticipent un taux situé autour ou en dessous de 8 %. Le taux actuel est de 4,2 %. Les employés de l’entreprise sont également beaucoup plus optimistes quant à la croissance du produit intérieur brut : leur estimation médiane atteint 17,1 % pour 2030, contre 5,4 % chez les personnes interrogées hors de l’entreprise, alors que la croissance américaine a été de 2,2 % l’an dernier. Les auteurs expliquent ces divergences par l’accès privilégié d’Anthropic à des outils encore non commercialisés et à des budgets internes plus importants. Les salariés bénéficient aussi d’un environnement où l’adoption de l’IA est déjà avancée. À l’inverse, une partie des travailleurs américains exerce des métiers manuels, de production ou de transport, des secteurs où l’automatisation par l’IA est souvent perçue comme moins immédiate. L’étude précise que ces catégories anticipent la plus faible part de travail automatisé d’ici la fin de la décennie. Peter McCrory, économiste en chef d’Anthropic, a présenté cette différence comme un signal avancé. Selon lui, l’entreprise avance d’environ un an et demi sur le reste de l’économie en matière d’adoption de l’IA, ce qui pourrait donner une indication sur les effets attendus dans d’autres secteurs. Les employés d’Anthropic prévoient notamment que l’IA assurera 95 % du travail nécessaire à la conception d’un nouveau modèle d’IA d’ici fin 2030. Cette vision rejoint en partie les déclarations du directeur général de l’entreprise, Dario Amodei. En mars 2025, il affirmait s’attendre à ce que l’IA écrive 90 % du code en six mois, puis “essentiellement tout le code” dans l’année. En mai, il estimait dans un entretien que l’IA pourrait supprimer la moitié des emplois de début de carrière dans les métiers de bureau en cinq ans et faire monter le chômage entre 10 % et 20 %. Dans un texte plus développé, il a décrit un risque de choc inédit sur le marché du travail, tout en anticipant une forte croissance économique, l’IA agissant selon lui comme un substitut général à la main-d’œuvre humaine. Pour autant, l’étude ne tranche pas l’effet réel de l’IA sur l’emploi. Les chercheurs relèvent que les données publiques restent mitigées. Une équipe de Yale a récemment estimé que l’IA transforme surtout les tâches, sans lien observé à ce stade avec une hausse du chômage. La perspective d’un choc majeur demeure donc débattue, mais Anthropic, de par sa position d’acteur majeur de l’IA générative, alimente le débat en publiant une lecture volontariste de l’avenir du travail.

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