L'IA menace les CEOs et le capitalisme selon l'ancien dirigeant de Google X
Mo Gawdat, ancien dirigeant de Google X, affirme dans une interview avec Business Insider que l’intelligence artificielle menace non seulement les emplois à tous les niveaux, mais aussi le fondement même du capitalisme moderne. Après des décennies passées au sein de grandes entreprises technologiques comme Microsoft et Google X, il est convaincu que le modèle économique actuel, fondé sur l’arbitrage du travail humain — c’est-à-dire payer moins que la valeur produite — s’effondrera lorsque les machines remplaceront la majorité des travailleurs humains. Selon lui, l’IA ne se contente pas d’automatiser des tâches : elle élimine progressivement la nécessité du travail humain, puis celle de la prise de décision humaine à grande échelle. Cette transformation remet en cause les piliers du capitalisme — salaires, emploi, consommation — qui dépendent tous d’un flux de revenus pour les citoyens. « Le fondement même du capitalisme, basé sur l’exploitation du travail, va disparaître », affirme-t-il. L’IA fait baisser les coûts de production vers zéro, ce qui rend obsolètes les mécanismes traditionnels de prix, de profit et de rareté. Or, une économie ne peut fonctionner sans consommation, et celle-ci nécessite des revenus. Si les gens ne gagnent plus d’argent, ils ne peuvent plus acheter, et l’économie s’arrête. Gawdat prévoit donc des vagues massives de chômage, touchant aussi bien les emplois manuels que les professions intellectuelles : avocats, analystes, écrivains, cadres dirigeants. « Votre vie et la mienne connaîtront des périodes où 20 %, 30 %, voire 50 % des emplois dans certains secteurs disparaîtront », dit-il. Il critique les dirigeants technologiques qui justifient les licenciements liés à l’IA comme des gains d’efficacité. « Les patrons oublient que l’IA les remplacera aussi », affirme-t-il, ajoutant que « l’IA est meilleure que les humains dans toutes les tâches, y compris celles de PDG ». Cette transition forcerait les gouvernements à repenser la répartition des revenus. Sans revenus, pas de consommation, et sans consommation, pas d’économie. Il estime que des systèmes de revenu universel ou d’allocation de base deviendront inévitables. Gawdat insiste sur le fait que l’IA elle-même n’est pas dangereuse : elle est neutre, mais le risque réside dans la transition, où des systèmes puissants fonctionnent encore sous des incitations humaines fondées sur la cupidité, la compétition et le pouvoir. « Le vrai défi, ce n’est pas l’ascension de l’IA, c’est l’ascension de l’IA dans une époque où l’humanité est au plus bas niveau moral », dit-il. Il croit toutefois que, à long terme, les machines prendront des décisions plus rationnelles que les dirigeants politiques ou corporatifs actuels, pouvant conduire à un système plus équitable. Le capitalisme tel qu’il existe aujourd’hui ne survivra pas, mais ce n’est pas une mauvaise nouvelle. « C’est une invitation au changement. Et si on change, on peut non seulement survivre, mais prospérer. » Des experts comme l’économiste Mariana Mazzucato soulignent que les transitions technologiques historiques ont toujours exigé des réformes institutionnelles. La montée de l’IA pourrait donc être l’occasion de repenser l’économie autour de la valeur humaine, non pas du profit. Des entreprises comme DeepMind ou Anthropic, bien qu’impliquées dans le développement de l’IA, commencent à explorer des modèles de gouvernance éthique, témoignant d’un intérêt croissant pour une intelligence artificielle alignée sur les intérêts collectifs.
