Télétravail ou IA : qui freine l'embauche junior ?
Les jeunes diplômés rencontrent des difficultés croissantes sur le marché de l'emploi. Depuis fin 2018, leur taux de chômage dépasse régulièrement celui de la population active globale. Cette tendance a conduit certaines entreprises à repenser leurs politiques d'embauche et leurs modalités de travail. Revolut, par exemple, a annoncé qu'à partir de 2027, ses stagiaires et participants à des programmes destinés aux jeunes diplômés devront travailler au bureau au moins trois jours par semaine, une exigence qui ne s'appliquera pas à l'ensemble du personnel. La direction justifie cette mesure par la nécessité de favoriser l'apprentissage informel et le mentorat, indispensables à la montée en compétence des profils juniors. Les chercheurs s'accordent pour souligner les bienfaits du travail présentiel pour les débutants. Une étude publiée par Peter John Lambert et Yannick Schindler montre que la part des embauches de postes d'entrée a chuté jusqu'à 29 % au cours des dernières années, tandis que les recrutements seniors progressaient. Les auteurs concluent que le télétravail est le principal responsable de ce déclin, bien avant l'émergence des outils d'intelligence artificielle générative. Des recherches complémentaires de la Federal Reserve de New York confirment que la dispersion géographique des équipes réduit drastiquement les retours constructifs, privant les jeunes collaborateurs des commentaires nécessaires à leur développement professionnel. L'intelligence artificielle est également pointée du doigt. Le professeur Mark Ma note que les entreprises intégrant l'IA dans leurs opérations réduisent souvent leurs embauches de débutants, ces missions étant plus susceptibles d'être automatisées. Néanmoins, il relève une nuance : les structures très orientées vers le télétravail ont parfois accru leurs recrutements juniors en raison de leur dynamique de croissance. Face à cette complexité, Nicholas Bloom, professeur à Stanford, estime que plusieurs facteurs se combinent. Le ralentissement structurel du secteur technologique, les lacunes académiques liées à la pandémie, le télétravail et l'IA s'entremêlent, rendant difficile l'attribution exclusive du phénomène à une seule cause. Face à ces défis, le modèle hybride s'impose comme un compromis efficace. Un sondage Gallup réalisé en 2025 indique que seuls 25 % des travailleurs de la génération Z préféreraient un télétravail intégral. Les experts soulignent que la présence en bureau permet d'absorber les habitudes professionnelles tacites et d'éviter l'isolement. Revolut compte d'ailleurs porter à 500 ses arrivées en programme jeunes diplômés pour 2027, en s'appuyant sur cette politique de présence ciblée pour accélérer leur autonomisation.
