Gensler accélère la conception architecturale avec l'IA
L'industrie de l'architecture intègre progressivement l'intelligence artificielle pour accélérer et enrichir ses processus créatifs. Parmi les acteurs pionniers, le bureau d'architecture Gensler a initié il y a trois ans son bac à sable IA, une phase d'expérimentation interne visant à maîtriser les technologies génératives sans attendre le marché. Aujourd'hui, l'IA intervient dans la majorité des quelque 3 000 projets annuels de l'entreprise. Selon le coprésident Jordan Goldstein, l'objectif n'est pas de remplacer les designers, mais d'élargir leur champ d'action en libérant du temps pour la réflexion à forte valeur ajoutée. Concrètement, les outils d'IA permettent de simuler avant la construction les flux de lumière, la propagation sonore ou la circulation des personnes. Lors du projet du siège d'Under Armour à Baltimore, l'IA a notamment servi à modéliser l'occupation des espaces et son impact sur la performance énergétique et la ventilation du bâtiment. Gensler exploite également des plateformes de génération vidéo et image, comme RunDiffusion, qui a vu plus de 3 000 de ses collaborateurs formés en quelques jours. Cette capacité à produire rapidement des visuels a transformé la narration de projet. Pour des réalisations telles que le quartier mixte autour d'un futur stade ou le projet de forêts durables à Bagdad, l'entreprise génère désormais des récits visuels immersifs facilitant la communication et la validation avec les maîtres d'ouvrage. Malgré ces avancées, l'adoption de l'IA reste prudente dans le secteur. Une étude de l'American Institute of Architects publiée en 2025 révèle que 90 % des architectes interrogés s'inquiètent des erreurs de calcul, des risques sécuritaires et de la difficulté à distinguer les contenus générés par une intelligence artificielle de ceux créés par des humains. Des universitaires partageant ces réserves tout en reconnaissant le potentiel de la technologie soulignent son utilité principale en phase préliminaire. Jason Vigneri-Beane, de l'Institut Pratt, estime qu'elle est particulièrement adaptée à l'exploration esthétique et conceptuelle. De son côté, Sabri Gokmen, de l'Université de Caroline du Nord, l'utilise pour l'analyse de données patrimoniales et la rédaction de propositions, tout en dirigeant un projet de recherche visant à développer des modèles IA capables de générer directement des formes géométriques en trois dimensions à partir de descriptions textuelles ou d'images de référence. Si le taux d'adoption industriel demeure encore limité, les experts s'accordent à voir dans l'IA un levier de croissance structurel. L'architecture continuera de reposer sur les décisions humaines, la technique et les normes sociales, mais cette technologie ouvrira incontestablement de nouvelles perspectives créatives et opérationnelles pour les professionnels du secteur.
