Derrière la montée fulgurante d’Anthropic, une fratrie atypique redéfinit le futur de l’IA entreprise
Derrière la croissance fulgurante d’Anthropic se cache une équipe fratrie qui pourrait bien détenir la clé de l’avenir de l’intelligence artificielle générative. À San Francisco, Daniela Amodei, avec son charisme chaleureux et son regard attentif, incarne une autre vision du fondateur d’IA. Lorsqu’elle arrive dans une pièce lumineuse du siège d’Anthropic, elle s’excuse presque pour son mug géant, un détail humain qui contraste avec son statut à la tête d’une entreprise valorisée à 183 milliards de dollars — et en voie de doubler selon un nouvel accord de financement, avec Microsoft et Nvidia au capital. Cinq ans plus tôt, elle et son frère Dario Amodei, PDG d’Anthropic, ont quitté OpenAI en emmenant une équipe de chercheurs de haut niveau. Leur pari ? Que la sécurité, la fiabilité et la performance n’étaient pas en tension avec la rentabilité, et que le vrai potentiel de l’IA résidait dans les applications d’entreprise, pas dans les produits grand public à la mode. Contrairement à l’explosion de ChatGPT, qui a captivé le public en 2022, Anthropic a choisi de ralentir, de se concentrer sur la confiance, la sécurité et l’ingénierie robuste. Cette approche contrariante a porté ses fruits : Claude, l’assistant d’IA d’Anthropic, est devenu le modèle de prédilection des entreprises exigeantes, notamment dans les secteurs de la finance, de la santé et du logiciel. Selon Daniela Amodei, Claude a même aidé à diagnostiquer une infection bactérienne qu’avaient manquée plusieurs médecins — un exemple concret de l’efficacité de l’IA dans des contextes critiques. Alors que Sam Altman et Elon Musk incarnent le fondateur visionnaire à la parole flamboyante, Daniela incarne une autre figure : celle du fondement, de la rigueur, de la discipline. Si son frère Dario pense en termes de chemins vers l’intelligence superintelligente, elle construit les bases qui permettent d’y parvenir. Cette complémentarité a forgé une culture d’entreprise centrée sur la responsabilité, la transparence et la durabilité. L’analyse de Gil Luria, analyste chez D.A. Davidson, souligne que le front de l’IA s’est déplacé : il ne s’agit plus seulement d’améliorer les conversations, mais de résoudre des problèmes réels — coder, modéliser, analyser. Claude s’est imposé comme un modèle de pointe pour les développeurs, dépassant plusieurs concurrents dans les flux de travail professionnels. En deux ans, le nombre de clients d’Anthropic est passé de moins de 1 000 à plus de 300 000, dont près de 80 % hors des États-Unis. Des géants comme Novo Nordisk, le fonds souverain norvégien (le plus grand du monde), Bridgewater, Stripe ou Slack utilisent Claude à grande échelle. Sameer Dholakia, partenaire chez Bessemer Ventures, explique que l’attrait pour Anthropic réside dans sa capacité à fidéliser les clients : les entreprises ne changent pas d’outil comme on change de chatbot. Leur focus sur la sécurité et la confiance a été un atout décisif. Aujourd’hui, 85 % des revenus d’Anthropic proviennent du B2B, contre plus de 60 % pour OpenAI, dominé par le segment grand public. « Nous ne croyons pas au bruit médiatique », affirme Daniela Amodei. Pour elle, l’objectif n’est pas d’être en première page, mais de faire le travail. Cette humilité stratégique, cette volonté de construire durablement, pourrait bien être la clé de la victoire à long terme dans la course à l’IA.
