Scanner X et encre au plomb pour décrypter Herculané
Une équipe de chercheurs menée par Douglas Seiler a récemment démontré que l’analyse par tomodensitométrie X (scanner CT) permet de déchiffrer clairement des papyrus carbonisés, à condition que l’encre utilisée contienne du plomb. Cette découverte, publiée le 16 septembre dans la revue PLOS ONE, constitue une avancée majeure pour la lecture non destructive des rouleaux de la bibliothèque d’Herculanum, détruits lors de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. Fragmentés et fragilisés par des siècles d’enfouissement, ces milliers de rouleaux ont résisté aux tentatives de déroulage physique, qui ont souvent entraîné leur pulvérisation. Depuis plusieurs années, des projets comme le défi Vesuvius, initié par Brent Seales, utilisent l’imagerie CT combinée à l’intelligence artificielle pour les dérouler virtuellement. Cependant, le contraste entre l’encre de carbone et le papyrus carbonisé reste extrêmement faible, limitant l’efficacité des algorithmes de reconnaissance. Pour contourner ce problème, l’équipe de Seiler a reconstitué des modèles de rouleaux en suivant des techniques antiques. Des inscriptions y ont été tracées avec une encre au lampblack enrichie de concentrations calibrées de plomb. Après carbonisation en laboratoire sous faible teneur en oxygène, ces faux papyrus ont été analysés par scanner CT et par un détecteur portable de fluorescence X. Les résultats montrent que le plomb absorbe jusqu’à vingt-cinq fois plus de rayons X que le papyrus brûlé. Même à une concentration minime de vingt-cinq microgrammes par centimètre carré, les caractères apparaissent avec une netteté remarquable sur les images numériques. Cette propriété permettrait d’identifier rapidement les rouleaux contenant de l’encre au plomb grâce à des scanners portables peu coûteux, avant de procéder à une numérisation CT approfondie. La présence de plomb fournirait ainsi un signal net, facilitant considérablement le travail des algorithmes d’apprentissage automatique nécessaires au déchiffrement virtuel. Les chercheurs soulignent également que cette méthode expérimentale offre un environnement à risque zéro pour entraîner et affiner les modèles d’IA, sans mettre en danger des artefacts irremplaçables. Les travaux impliquent des experts en chimie, en physique des rayonnements et en papyrologie, dont plusieurs affiliés à l’Université de Californie à Berkeley et au National Institute of Standards and Technology. Si des traces de plomb ont déjà été observées sur des fragments d’Herculanum lors d’anciennes interventions, une analyse systématique reste à entreprendre. La validation de cette approche pourrait accélérer le déchiffrement de textes philosophiques et scientifiques perdus depuis l’Antiquité, dont certains appartiennent au philosophe épicurien Philodème. En attendant les analyses directes sur les originaux conservés en Europe, cette méthodologie pose les fondations d’une nouvelle étape dans l’archéologie numérique. En combinant chimie historique, imagerie médicale avancée et intelligence artificielle, les chercheurs espèrent transformer la lecture de ces manuscrits millénaires, ouvrant potentiellement l’accès à des pans entiers de la pensée antique encore inconnus.
