470 millions pour une vue artificielle : cette puce révolutionnaire permet à des aveugles de lire et de faire des mots croisés
Une acquisition de 4,7 millions de dollars pour une technologie révolutionnaire : le cofondateur d’Elon Musk, Max Hodak, vient de faire un bond décisif dans le domaine des prothèses visuelles. La société Science Corporation, fondée par Hodak après son départ de Neuralink en 2021, a racheté les actifs de Pixium Vision, une start-up française spécialisée dans les implants rétiniens, à un moment où celle-ci menaçait de disparaître faute de financement. Ce rachat, effectué pour environ 4,7 millions de dollars, lui permet de s’approprier le système PRIMA, une avancée majeure en vue de restaurer la vision aux personnes aveugles. Le PRIMA est une puce micro-électronique implantée sous la rétine, conçue pour remplacer les cellules photoréceptrices détruites par la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) de type sec, une maladie sans traitement curatif. L’ensemble du système repose sur une combinaison d’une caméra de type lunettes, d’un processeur d’image et d’un capteur implanté. La caméra, portée comme un casque, capte l’environnement en temps réel et transmet les images via des rayons infrarouges invisibles à l’œil humain. Ces signaux lumineux sont captés par une batterie solaire miniature intégrée au sein de la puce implantée, qui les convertit en impulsions électriques. Ces signaux stimulent les cellules rétiniennes saines, en particulier dans la zone maculaire, permettant au cerveau de reconstruire une image, bien que de manière binaire et en noir et blanc. Les résultats cliniques, publiés dans The New England Journal of Medicine, sont prometteurs. Sur 38 patients atteints de DMLA avancée, 32 ont été réévalués un an après l’implantation. 80 % d’entre eux ont montré une amélioration significative de leur acuité visuelle, avec une moyenne de 5 lignes supplémentaires sur un test d’acuité. Certains patients ont pu lire des lettres, reconnaitre des visages, et même faire des mots croisés — une avancée sans précédent pour une population auparavant totalement privée de vision centrale. Le système repose sur une découverte fondamentale de Daniel Palanker, chercheur à Stanford, il y a près de 20 ans : utiliser la lumière pour alimenter et transmettre des données à un implant sans fil. Contrairement au système Argus II, ancien modèle déjà commercialisé mais désormais retiré du marché, PRIMA ne nécessite aucune connexion filaire. Il fonctionne grâce à une matrice de cellules solaires miniatures qui convertissent la lumière infrarouge en énergie électrique et en signaux stimulants. Les défis restent toutefois présents. Dix-neuf patients ont connu 26 événements indésirables graves, principalement liés à l’intervention chirurgicale : hausse de la pression intraoculaire, hémorragies rétiniennes. Heureusement, la plupart se sont résorbées en deux mois. Trois patients sont décédés, un a quitté l’étude, deux n’ont pas pu être testés. Face à ces limites, Science Corporation travaille déjà sur une nouvelle génération d’optiques. Le prototype actuel, encore lourd et encombrant, est remplacé par une paire de lunettes solaires intégrant tous les composants électroniques : caméra, processeur, batterie, contrôleur laser. « L’implant est excellent, mais le système doit devenir naturel », affirme Hodak. L’objectif : que les patients puissent le porter toute la journée sans se sentir dépendants d’un boîtier. En parallèle, les équipes de Palanker préparent un prochain modèle avec cinq fois plus de « pixels » (400 actuellement, 2000 à venir), et un logiciel capable de reconstruire des images en niveaux de gris, voire en couleurs, pour une vision plus naturelle. L’objectif : permettre aux patients de reconnaître des visages, des objets, voire de lire des textes à l’écriture fine. Si Neuralink explore une voie différente — en stimulant directement le cortex visuel —, PRIMA reste une solution prometteuse, plus accessible, plus directe, et déjà en phase de commercialisation en Europe, avec des discussions en cours auprès de la FDA aux États-Unis. Pour Hodak, ce n’est pas seulement une avancée médicale, mais une opportunité de créer une entreprise technologique de taille mondiale, capable de rivaliser avec Apple ou Alphabet. « Le but est de changer le monde, mais pour y parvenir, il faut d’abord réussir financièrement. »
