L'IA anticipe le cancer du sein grâce aux mammographies
Une étude publiée dans Radiology démontre que les scores de risque de cancer du sein, générés par l'intelligence artificielle à partir des mammographies de dépistage, évoluent avec le temps et permettent une prédiction dynamique de la maladie. Dirigée par le Dr Constance D. Lehman de l'école de médecine Harvard et de l'entreprise Clairity Inc., la recherche analyse 54 014 dossiers féminins couvrant la période 2009 à 2019. Parmi elles, 817 ont développé un cancer du sein dans l'année suivant l'examen de référence, contre plus de 53 000 sans diagnostic. Les modèles d'apprentissage profond ont évalué les images mammographiques sans recourir à des données démographiques ou familiales. Les résultats révèlent une trajectoire distincte selon le statut de santé : les scores de risque à cinq ans augmentent progressivement chez les femmes concernées dès six ans avant le diagnostic, pour atteindre des niveaux significatifs juste avant la détection de la tumeur. À l'inverse, les scores demeurent stables chez les femmes sans cancer. Cette progression invisible à l'œil nu permet d'identifier un risque latent bien avant l'apparition de signes cliniques. Cette approche répond à un besoin majeur, car 85 % des cancers du sein sont sporadiques et ne s'expliquent pas par des antécédents familiaux ou des mutations génétiques connues. En s'appuyant uniquement sur les données d'imagerie, les scores dynamiques offrent un biomarqueur objectif, moins sujet aux disparités liées aux données déclaratives ou à la densité mammaire. Le Dr Lehman souligne que cette méthode pourrait orienter des stratégies de prévention personnalisée, à l'image du suivi de l'hypertension ou du cholestérol. L'intégration de ces outils dans la pratique clinique gagne déjà en crédibilité. Un modèle de scoring approuvé par la FDA est actuellement déployé dans certains établissements de santé américains. Par ailleurs, les futures lignes directrices du National Comprehensive Cancer Network pour 2026 recommanderont d'ores et déjà une IRM mammaire en complément de la mammographie annuelle pour les femmes de plus de 35 ans présentant un risque à cinq ans supérieur à 1,7 %. Ces avancées marquent un tournant vers une évaluation des risques plus précise, précoce et accessible, reliant directement la technologie visuelle à la prévention oncologique.
