SpaceX, Amazon et Google misent sur les data centers IA
L'idée de déployer des centres de données d'intelligence artificielle dans l'espace passe progressivement du domaine de la science-fiction à celui de la réalité industrielle. Cette ambition est tirée par la demande croissante en puissance de calcul, le ralentissement des autorisations de construction sur Terre et la chute anticipée des coûts de lancement. Après sa récente introduction en bourse qui a levé près de 86 milliards de dollars, SpaceX a placé ce projet au cœur de sa stratégie à long terme. Elon Musk a annoncé le dépôt d'une demande auprès de la Federal Communications Commission pour déployer jusqu'à un million de satellites destinés à héberger cette infrastructure orbitale. Parallèlement, Musk prévoit l'ouverture du Terafab, un complexe de semi-conducteurs de dix millions de pieds carrés au Texas, d'ici 2029, en partenariat avec Tesla et Intel. Selon ses estimations, la disponibilité du lanceur Starship et la maîtrise des systèmes réutilisables réduiraient drastiquement les coûts, rendant les data centers spatiaux compétitifs d'ici deux à trois ans. Le mouvement dépasse largement le groupe de Musk. Jeff Bezos a validé la viabilité de cette approche avec Blue Origin et son projet TeraWave, qui prévoit le lancement de 51 600 satellites à partir de fin 2027. De son côté, Google collabore avec Planet Labs sur le projet Suncatcher, visant à utiliser des satellites solaires équipés de ses puces Tensor pour alimenter l'IA en orbite. Plusieurs startups spécialisées accélèrent également leurs développements. Starcloud a déjà testé un GPU Nvidia en orbite et prévoit de s'appuyer sur des systèmes modulaires auto-assemblables. Rocket Lab travaille sur son lanceur Neutron pour capter une part du marché, tandis que Cowboy Space explore une approche originale utilisant la deuxième étape du lanceur comme plateforme de calcul. Les arguments en faveur de l'orbite basse sont multiples. Contrairement aux installations terrestres, les data centers spatiaux bénéficieraient d'un ensoleillement permanent, éliminant les problèmes de pénurie d'eau et d'électricité, ainsi que les oppositions locales et les contraintes réglementaires qui freinent le déploiement terrestre. Une étude récente indique que près de huit centres de données sur dix sur Terre sont exposés à des risques climatiques aigus, renforçant l'attrait pour une migration vers l'espace. Toutefois, la viabilité économique immédiate reste un sujet de débat. Les analystes soulignent que le marché est encore marginal et que les projections de compétitivité s'appuient sur des hypothèses de baisse continue des coûts de lancement et d'amélioration des panneaux solaires. Certains experts, comme l'économiste Mark Weinzierl de Harvard, estiment que les courbes de coût terrestre et spatial finiront par se croiser, mais que ce basculement pourrait prendre plus de temps que prévu et dépendra aussi des innovations futures en matière d'efficacité énergétique des puces. En attendant la commercialisation à grande échelle, les acteurs de l'espace et de l'IA préparent activement l'infrastructure nécessaire. La course aux data centers orbitaux s'inscrit dans une nouvelle phase de l'économie spatiale, où la concurrence entre géants technologiques et startups définira les standards d'une industrie dont l'impact sur l'infrastructure numérique globale reste à déterminer.
