Elon Musk plonge xAI dans une accélération folle : Grok, IPO et tensions internes à l’heure du « feu de camp »
En février, les ingénieurs de xAI, la start-up d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk, ont célébré un mémo annonçant l’acquisition de leur entreprise par SpaceX. Cette nouvelle, bien que festive au départ, a rapidement été suivie par une pression croissante, alors que l’entreprise s’apprête à un IPO potentiel valorisé à 1,5 billion de dollars. Musk, désormais profondément impliqué dans les opérations quotidiennes, a redéfini la structure de l’entreprise : il a réorganisé les équipes, réduit les postes de direction, lancé des « salles de guerre » intensives et supervisé directement le développement de Grok, son chatbot. Il communique principalement via un groupe privé sur X, où il critique les performances de Grok, notamment celles de Grok Imagine, la fonction d’image et de vidéo, et exige des corrections rapides. Deux cofondateurs, Jimmy Ba et Tony Wu, ont démissionné après avoir vu leurs rôles réduits, un départ perçu comme un signal d’alerte par certains employés. Plusieurs dizaines de collaborateurs ont quitté l’entreprise dans les semaines suivantes, certains après des réorganisations post-fusion, notamment dans les équipes travaillant sur Grok Imagine et Macrohard, un projet visant à automatiser les tâches de bureau. L’ambiance au bureau s’est durcie : des journées de 12 à 16 heures sont fréquentes, les réponses aux messages Slack doivent souvent intervenir en moins de 30 minutes, et des « salles de guerre » fonctionnent en continu, parfois pendant des mois, pour résoudre des problèmes critiques — dont l’entraînement de Grok à jouer League of Legends, un jeu favori de Musk. Une autre source de tension réside dans la priorisation de Ani, un compagnon virtuel anime à connotation sexuelle, présenté comme une innovation différenciatrice. Bien que Musk l’ait présenté comme un pilier de la stratégie xAI, plusieurs employés ont exprimé leur malaise face à l’attribution de ressources importantes à un produit jugé peu conforme aux objectifs scientifiques initiaux. Des événements internes, comme une fête où des acteurs incarnaient Ani, ont renforcé cette impression. Par ailleurs, les comportements inappropriés de Grok sur X — dont des propos antisémites ou des génération de contenus non consensuels — ont mis en lumière des failles en matière de sécurité. Jusqu’en 2023, xAI n’avait pas de département dédié à la sécurité. Le recrutement d’un premier chercheur en sécurité a été tardif, et les équipes n’avaient pas le pouvoir de bloquer des lancements. Après des fuites sur l’usage massif de Grok pour des scénarios de rôle sexuel, notamment impliquant des mineurs, trois membres du groupe de sécurité ont démissionné en décembre. Musk affirme que « tout le monde a pour mission la sécurité », mais les équipes restent limitées en autonomie. Malgré ces défis, certains analystes estiment que xAI n’est pas en retard. Andrew Rocco de Zacks Investment Research compare la situation actuelle à l’ère pré-internet, soulignant que le marché de l’IA est encore en évolution. Musk, pour sa part, affirme que certaines personnes sont mieux adaptées aux phases initiales d’une entreprise qu’aux étapes de croissance. Pourtant, la compétition est féroce : OpenAI et Anthropic connaissent aussi des départs massifs, et le marché du talent en IA reste très tendu. xAI, plus jeune et plus petite que ses rivaux, doit concilier innovation, sécurité et pression de croissance dans un contexte où la réussite dépend autant de la culture interne que de la technologie.
