Claude a marqué un tournant : peut-il maintenir sa domination dans l’ère des agents intelligents ?
Depuis décembre 2025, Claude, le modèle d’intelligence artificielle d’Anthropic, connaît une ascension fulgurante, particulièrement grâce à son outil Claude Code, qui a conquis ingénieurs, startups et cadres dirigeants. Cette popularité s’est amplifiée durant les fêtes, lorsque des utilisateurs ont construit tout, de simulateurs d’imagerie médicale à des plateformes alternatives à Goodreads, en passant par des concours de design de t-shirts avec des systèmes judiciaires complexes. Selon Caliber, une plateforme d’intelligence des parties prenantes, l’exposition verbale d’Anthropic a grimpé de 13 points (sur 100) entre le 29 décembre et le 26 janvier, tandis que celle d’OpenAI a légèrement baissé. En novembre 2025, Claude Code a franchi le seuil des 1 milliard de dollars de revenus, et la société est en négociations pour doubler sa dernière levée de fonds à 20 milliards de dollars, à une valorisation de 350 milliards. Le lancement d’Opus 4.6, présenté comme une évolution directe de son prédécesseur, vise à consolider cette position. Dianne Na Penn, responsable produit recherche chez Anthropic, souligne que ce nouveau modèle peut « penser plus longtemps » sur des questions complexes, améliorant ainsi les performances en tâches agencées — du codage à la création de présentations dans Excel ou PowerPoint. Pour de nombreux utilisateurs, comme Mike Brevoort, architecte chez Mytra, le passage à Claude a été une révélation : « C’est comme si on passait d’un outil à un assistant capable de penser par lui-même. » Même Boris Cherny, fondateur et chef de Claude Code, a utilisé l’outil pour développer lui-même le système, envoyant plus de 300 demandes de fusion en décembre, son mois le plus productif à Anthropic. La percée de Claude Code s’explique en grande partie par Opus 4.5, lancé juste avant Thanksgiving. Ce modèle a marqué un tournant : capable d’accomplir des tâches complexes sur de longues durées sans supervision constante, il a permis à des équipes entières de passer à une productivité quasi autonome. Des dirigeants comme Josh Albrecht (Imbue) ou Allie K. Miller (Open Machine) soulignent qu’ils doivent désormais décrire leur objectif de manière beaucoup plus concise, comme « donner le château magique, et l’IA le construit ». L’adoption s’est généralisée dans des secteurs variés — éducation, santé, finance — avec des entreprises comme Amira Learning, Incredible Health ou Runway déclarant que 90 % de leur code est désormais généré par Claude. Anthropic a également gagné en fidélité grâce à des fonctionnalités différenciantes : fichiers personnalisés modifiables, mémoire contextuelle, et intégration profonde dans les workflows. Steve Croce (Anaconda) affirme que les utilisateurs restent fidèles aux outils qui ont fait leurs preuves, surtout si leur productivité est assurée. Le positionnement d’Anthropic comme « l’entreprise responsable » — en évitant les controverses politiques et les outils sensibles comme Sora ou Grok — renforce cette image. En comparaison, OpenAI fait face à une baisse de confiance, notamment après les dons de Greg Brockman à un super PAC pro-Trump, ce qui a poussé certains utilisateurs à migrer vers Claude ou Gemini. Toutefois, des défis subsistent. Opus 4.5 a été critiqué pour des vulnérabilités de sécurité plus nombreuses que GPT-5.2, selon Sonar, bien que moins que Gemini 3 Pro. Anthropic reconnaît ces points faibles et affirme que des améliorations en cybersécurité ont été intégrées dans Opus 4.6. Par ailleurs, des alternatives open-source comme OpenHands ou OpenCode attirent des utilisateurs préoccupés par les coûts. Enfin, la marque Anthropic voit sa notoriété et sa sympathie baisser de 11 points depuis septembre, malgré son leadership technique. En somme, si Claude Code a marqué une rupture dans la productivité agente, sa capacité à maintenir sa domination dépendra de sa capacité à innover sans compromettre la sécurité, à fidéliser ses utilisateurs sans bruit médiatique, et à résister à la pression de concurrents comme OpenAI, qui lance désormais un nouvel outil Codex dédié aux Apple. Pour l’instant, l’effet « Claude » semble bien ancré — mais le cycle de l’hype est toujours fragile.
