Amazon dévoile sa stratégie à deux moteurs : IA et cloud, au cœur d’un boom d’investissements sans précédent
Amazon mise sur une stratégie à deux moteurs pour renforcer sa domination dans le cloud et l’intelligence artificielle, une approche qui s’avère particulièrement efficace. Comme Google et Meta, Amazon utilise l’IA non seulement pour optimiser ses propres opérations — dans le commerce en ligne, la logistique, la publicité et AWS — mais aussi pour mieux comprendre les besoins de ses clients externes. Cette double approche, où Amazon est à la fois le premier utilisateur (Customer Zero) de ses propres technologies et leur principal fournisseur, lui confère un avantage stratégique unique. Le recente réduction de plus de 60 000 emplois dans ses effectifs corporatifs, bien qu’inscrite dans un contexte de restructuration post-pandémique, s’inscrit aussi dans une volonté plus large de rationaliser les coûts et de remplacer les tâches humaines par des systèmes automatisés, notamment via l’IA. Si les robots dans les entrepôts ont déjà dépassé le million, l’essor des agents d’IA dans les services cloud, comme le chatbot Rufus, marque une étape clé vers une automatisation plus poussée des processus décisionnels. Cette transformation s’accompagne d’un investissement massif en infrastructures. En 2025, Amazon a dépensé 134,73 milliards de dollars en immobilisations, soit une hausse de 60,5 % par rapport à 2024, dont environ 115 milliards pour AWS, dont 105 milliards dédiés à l’infrastructure IA. Ainsi, l’IA représente près de 78 % des dépenses d’équipement, dépassant largement les coûts liés aux entrepôts et au transport. Cette stratégie est soutenue par la rentabilité exceptionnelle de l’activité publicitaire d’Amazon, qui, bien qu’elle ne soit pas intégrée à AWS, génère des marges élevées et contribue à financer l’expansion technologique. Les performances de AWS sont impressionnantes : en 2025, le chiffre d’affaires a atteint 128,73 milliards de dollars (+19,7 %), tandis que le bénéfice opérationnel s’élevait à 45,61 milliards (+14,5 %). La capacité des datacenters a été multipliée par trois en trois ans, passant de 2 gigawatts en 2022 à environ 6 gigawatts fin 2025, avec une prévision de 12 gigawatts d’ici 2027. AWS dépense environ 30 milliards de dollars par gigawatt — un coût bien inférieur à celui des concurrents comme Anthropic ou OpenAI — ce qui lui permet de déployer rapidement de l’infrastructure à grande échelle. Une partie clé de cette stratégie repose sur les puces propriétaires : les processeurs Graviton (ARM) et les accélérateurs Trainium (XPU), dont les revenus annuels ont atteint 10 milliards de dollars en 2025. Avec le lancement des Trainium3, Amazon accroît sa dépendance aux composants internes, réduisant sa dépendance aux puces Nvidia et AMD. Cela lui permet non seulement de maîtriser les coûts, mais aussi de proposer des tarifs compétitifs tout en maintenant de hautes marges. L’IA devient ainsi le moteur principal de la croissance d’AWS, avec une augmentation de la puissance de calcul qui dépasse la croissance des dépenses — grâce aux améliorations logicielles et aux avancées dans les architectures matérielles. Cette dynamique crée un cercle vertueux : plus les coûts d’inférence baissent, plus la demande augmente, ce qui alimente de nouveaux investissements. Alors que la croissance annuelle de 30 à 35 % reste possible, tout dépendra de l’adoption massive des agents d’IA par les entreprises et de leur capacité à personnaliser leurs modèles. En résumé, Amazon capitalise sur une synergie entre son activité de vente au détail, sa publicité rentable et sa puissance cloud, pour créer un écosystème où l’IA n’est pas seulement une technologie, mais une source de croissance durable. Son modèle à deux moteurs — automatisation interne et vente d’infrastructure IA — lui confère une position inégalée dans la course à l’intelligence artificielle.
