Buffett s’engage massivement dans Alphabet, mais un risque bien plus grand que les AI stocks préoccupe l’investisseur Tom Russo
L’investisseur expérimenté Tom Russo, gérant de Gardner Russo & Quinn, affirme que la véritable menace pour les marchés actuels ne réside pas dans une éventuelle chute des actions liées à l’intelligence artificielle, mais bien dans la montée vertigineuse de la dette publique américaine et dans la faiblesse croissante du dollar. Bien que les valorisations des entreprises technologiques, notamment celles liées à l’IA, suscitent des inquiétudes, Russo considère que les risques systémiques liés à la politique économique américaine sont bien plus préoccupants. Son fonds détient à la fin septembre une position de 1,1 milliard de dollars dans Alphabet, le géant de la tech derrière Google, ainsi qu’une exposition de 1,8 milliard de dollars à Berkshire Hathaway, la société dirigée par Warren Buffett. Ces deux titres représentent ensemble 31 % du portefeuille américain de 9,3 milliards de dollars du fonds. L’acquisition récente de 17,8 millions d’actions Alphabet par Berkshire Hathaway – évaluée à 4,3 milliards de dollars fin septembre – a surpris de nombreux observateurs, étant donné que Buffett a longtemps évité les entreprises technologiques. Toutefois, Russo pense que la prise de position pourrait avoir été effectuée à un moment où le cours d’Alphabet était encore attractif, avant sa forte hausse de près de 40 % au troisième trimestre, passant de moins de 180 à 244 dollars, puis dépassant 285 dollars depuis. Selon Russo, Alphabet continue de se négocier à un ratio cours-bénéfice inférieur à la moyenne du marché, ce qui en fait une entreprise « remarquablement solide ». Il souligne sa capacité à endurer des investissements à long terme, même au détriment de bénéfices immédiats, une approche que Buffett apprécie. L’entreprise, qui a misé sur des projets ambitieux comme Waymo, DeepMind, Android et l’IA via Gemini, démontre une volonté d’innover sans se soucier des pressions boursières à court terme. De plus, sa trésorerie abondante, comparable à celle de Berkshire, renforce sa résilience. Cependant, Russo met en garde contre des risques : les investissements massifs en IA, avec des dépenses de capital prévues dépassant 90 milliards de dollars en 2025, pourraient ne pas générer des retours proportionnels. Il redoute aussi que les marges exceptionnelles du moteur de recherche d’Alphabet, même améliorées par l’IA, ne soient pas durables. Enfin, il insiste sur le fait qu’Alphabet n’est pas simplement une entreprise technologique, mais un acteur central de l’économie mondiale, essentiel pour la ciblage publicitaire et le commerce numérique, ce qui lui confère une position de résilience face à de nouveaux concurrents. En dehors d’Alphabet, Russo pointe un danger plus profond : la dette publique américaine, passée de moins de 20 à plus de 38 billions de dollars en dix ans. Il craint que la pression pour le service de cette dette, combinée à une menace potentielle sur le statut de dollar comme monnaie de réserve mondiale, entraîne une dépréciation du billet vert et des perturbations majeures sur les marchés obligataires et les devises. Il met en garde contre une désintégration du rôle dominant des États-Unis dans l’ordre économique mondial, qui pourrait nuire aux niveaux de vie et à la stabilité globale. « Jamais on ne doit donner aux consommateurs l’occasion de chercher ailleurs », dit-il en paraphrasant Charlie Munger, rappelant ainsi la nécessité de maintenir la confiance dans le système américain.
