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De la poussière du Texas aux data centers géants : l’Amérique se reconfigure pour l’ère de l’IA

Dans les plaines poussiéreuses du Texas occidental, où le vent soulève des nuages roux et ocre, s’élève une révolution silencieuse : le projet Stargate, phare de l’ambition d’OpenAI, mené par Sam Altman. Ce vaste complexe de centres de données, soutenu par Oracle, Nvidia et SoftBank, s’étend sur une surface équivalente à une petite ville, accueillant chaque jour 6 000 ouvriers. L’endroit, marqué par des orages soudains qui transforment la poussière en boue, puis la durcissent à nouveau, devient le symbole d’un nouveau type d’infrastructure : celle de l’intelligence artificielle. En septembre, Altman affirme que ce n’est qu’un « échantillon » d’un effort global d’investissement de 850 milliards de dollars, soit près de la moitié de la croissance prévue de 2 000 milliards de dollars dans l’infrastructure IA mondiale, selon HSBC. Le site d’Abilene, déjà opérationnel à un niveau, vise une capacité de plus d’un gigawatt — assez pour alimenter 750 000 foyers, soit la puissance de Seattle et San Francisco réunies. Mais OpenAI n’est pas seul. À la frontière de la Louisiane et de l’Arkansas, Mark Zuckerberg construit Hyperion, un complexe de 4 millions de m² consommant plus d’électricité que la ville de La Nouvelle-Orléans. À South Memphis, Elon Musk a transformé une usine Electrolux en Colossus, un superordinateur en 122 jours, et prépare Colossus 2, visant un million de GPU, avec l’acquisition d’un ancien site de Duke Energy. En Wisconsin, Microsoft investit plus de 7 milliards de dollars dans le plus puissant centre de données du monde, à l’horizon 2026. En Indiana, Amazon a converti 1 200 acres de terres agricoles en Project Rainier, un site de 11 milliards de dollars, entièrement dédié à l’entraînement d’IA pour Anthropic. Ces projets, portés par des géants technologiques, reflètent une croyance fondamentale : l’intelligence peut être produite à l’échelle industrielle, et le gagnant sera celui qui possède le plus de puissance de calcul. « C’est le plus grand marché de l’histoire de l’humanité », estime Sameer Dholakia, partenaire chez Bessemer Venture Partners. L’argent circule en boucle. En deux mois, OpenAI a annoncé des accords d’investissement de 1,4 trillion de dollars : 100 milliards avec Nvidia, un partenariat avec AMD, une collaboration avec Broadcom, et un contrat cloud avec AWS, affaiblissant l’emprise de Microsoft. Ces accords, critiqués comme des « bulles » ou des « écosystèmes circulaires », reposent sur des engagements de long terme, mais des avertissements de Nvidia sur l’incertitude des contrats soulignent le risque. Oracle, qui croyait en un engagement de 300 milliards, a vu son action chuter de 23 % en novembre, un signe d’instabilité. La vraie contrainte n’est pas l’argent, mais l’énergie. « Le vrai goulot d’étranglement, c’est l’électricité », affirme Sarah Friar, CFO d’OpenAI, qui envisage de recourir à l’endettement pour financer l’expansion. L’entreprise a évalué 800 sites, explorant le solaire, le gaz, et même l’énergie nucléaire, car les sources renouvelables ne suffisent pas à assurer un approvisionnement constant. Le défi est d’ordre réglementaire. OpenAI a plaidé pour l’extension des crédits d’impôt du CHIPS Act aux centres de données, mais a dû retirer sa suggestion d’un « garantie gouvernementale » après une réaction négative. Les entreprises, en attendant, empruntent, construisent, et parient sur une croissance continue. L’IA ne se limite plus à l’entraînement. L’inférence — l’usage quotidien des modèles — devient le moteur économique, avec des coûts récurrents. C’est là que la rentabilité doit s’imposer. Pour Dario Amodei, CEO d’Anthropic, l’expansion des modèles est exponentielle, et la performance ne cesse de surprendre. Le chiffre d’affaires d’Anthropic a augmenté dix fois en trois ans, et sa valorisation pourrait dépasser 300 milliards de dollars. Mais l’excitation s’accompagne d’alarmes. Dario Amodei craint une transformation rapide des emplois blancs, tandis que des investisseurs comme Matt Murphy voient dans ce moment une « vague mère de toutes les vagues ». L’avenir se dessine : un paysage transformé, où les centres de données deviennent des piliers de l’économie, ancrés dans des territoires de puissance, de terres bon marché, et de grilles énergétiques capables de s’adapter. Le débat n’est plus sur la faisabilité, mais sur l’ampleur de la révolution : un tournant historique, ou une bulle en voie d’effondrement. Altman, pour sa part, reste confiant : « On se brûle en surinvestissant, mais on se brûle aussi en sous-investissant. » Le chantier continue, la poussière vole, et l’âge de l’IA s’élève, pierre par pierre.

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