ASML rachète 11 % de Mistral : une percée pour l’IA européenne ou une promesse non tenue ?
L’acquisition par ASML d’une participation de 11 % dans Mistral, la jeune pousse française spécialisée en intelligence artificielle, constitue sans doute un événement médiatique marquant, mais s’agit-il d’un tournant décisif pour l’Europe dans la course mondiale à l’IA ? Cette opération, annoncée le 7 septembre, met en lumière un paradoxe fondamental du modèle technologique européen : une régulation ambitieuse, mais une industrie souvent en retard sur les grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine. ASML, leader mondial des équipements de lithographie pour la fabrication de puces, est un pilier stratégique de l’industrie européenne. Son investissement dans Mistral, l’un des acteurs les plus prometteurs de l’IA en France, pourrait symboliser une volonté de renforcer l’autonomie technologique du continent. En s’alliant à un acteur innovant du secteur de l’intelligence artificielle, ASML entend non seulement participer à l’émergence d’une IA européenne, mais aussi s’assurer d’être au cœur de l’écosystème futur de la puissance de calcul. Pourtant, derrière les annonces médiatiques, la réalité est plus nuancée. L’Europe a longtemps été perçue comme un régulateur avant tout : elle a adopté le cadre législatif sur l’IA le plus strict au monde, avec le règlement AI Act, qui vise à encadrer les risques tout en favorisant l’innovation responsable. Mais cette volonté de régulation précoce a parfois freiné l’initiative des entreprises. Les géants européens, comme Bosch, ont récemment mis en garde contre le risque de « nous réguler nous-mêmes hors du marché » : les normes en vigueur ou en préparation peuvent ralentir l’innovation, empêcher l’émergence de champions nationaux et pousser les startups à se tourner vers des marchés plus libres, comme les États-Unis. Le cas de Mistral illustre cette tension. Bien que la France ait réussi à créer un acteur de pointe dans l’IA, son succès dépend largement de financements internationaux et de partenariats stratégiques. L’investissement d’ASML est donc une avancée, mais il ne garantit pas une croissance autonome. L’Europe reste dépendante des infrastructures de puissance de calcul, des semi-conducteurs de pointe et des plateformes de cloud — des domaines où elle est encore largement dominée par des acteurs américains. En somme, l’acquisition d’ASML n’est pas une révolution en soi, mais un signe encourageant. Elle montre que certains acteurs européens commencent à penser en termes d’écosystème, plutôt que de simple régulation. Pour que ce mouvement devienne durable, l’Europe devra aller plus loin : allier son cadre réglementaire rigoureux à une politique industrielle proactive, soutenir massivement la recherche, moderniser ses infrastructures numériques et favoriser les alliances stratégiques. Sans cela, même les initiatives les plus prometteuses risquent de ne rester que des belles intentions.
