Femtech en pleine croissance : les enjeux éthiques et réglementaires qui inquiètent les experts
L’industrie du femtech, en plein essor, révolutionne la gestion de la santé féminine grâce à des outils allant des applications de suivi des règles aux diagnostics d’cancer assistés par l’intelligence artificielle. Toutefois, ces innovations soulèvent des enjeux éthiques et réglementaires majeurs, notamment en matière de vie privée, de biais algorithmiques et de protection des données. Sara Gerke, chercheuse au Cancer Center at Illinois (CCIL), spécialiste du droit de la santé et de l’éthique biomédicale, s’attaque à ces défis. Dans un article publié dans The BMJ, co-écrit avec Sara Raza, Eric Bressman et Carmel Shachar, elle met en lumière l’absence de cadre réglementaire adéquat pour protéger les données personnelles collectées par les applications de santé féminine aux États-Unis. Contrairement à l’Europe, où le RGPD impose des règles strictes sur la protection des données, les applications directement destinées aux consommatrices aux États-Unis échappent souvent à la réglementation HIPAA, ce qui expose des informations sensibles — menstruations, activité sexuelle, fertilité — à des risques de divulgation ou de commercialisation non transparente. Gerke insiste sur l’importance d’intégrer dès la conception des systèmes de santé numériques des principes éthiques et juridiques, une démarche qu’elle qualifie d’« éthique par conception ». Elle met en garde contre les biais inhérents aux modèles d’intelligence artificielle, souvent formés sur des jeux de données non représentatifs. Par exemple, un outil d’IA pour le diagnostic du mélanome entraîné principalement sur des peaux claires peut échouer à détecter des lésions chez les personnes aux peaux foncées, aggravant ainsi les inégalités en santé. Ces biais ne sont pas seulement techniques : ils ont des conséquences réelles sur la qualité des soins. Par ailleurs, Gerke explore les questions juridiques émergentes liées à l’usage de l’IA en chirurgie et en coloscopie, notamment en matière de responsabilité. Lorsqu’un algorithme guide un clinicien et qu’une erreur se produit, la question de savoir qui est responsable — le développeur, le médecin ou l’institution — reste floue, faute de jurisprudence établie. Son travail vise à anticiper ces défis et à construire des cadres juridiques adaptés. À l’UC Urbana-Champaign, elle organise des conférences rassemblant développeurs, cliniciens, éthiciens et juristes pour favoriser une collaboration interdisciplinaire dès les premières étapes du développement des outils numériques. Son objectif : créer des technologies plus sûres, plus équitables et plus fiables, tout en renforçant la confiance des patients. La prochaine conférence est prévue pour le printemps 2027. Experte reconnue, Gerke incarne une approche proactive et intégrée de l’innovation en santé, où technologie, éthique et droit s’entremêlent pour garantir que les progrès du femtech servent véritablement les patients, sans compromettre leurs droits ou leur équité en santé.
