Shinkei Systems : un robot tue les poissons instantanément
Lors d'une récente conférence TechCrunch à El Segundo, Saif Khawaja, fondateur de Shinkei Systems, et Delian Asparouhov, partenaire de Founders Fund, ont dévoilé une stratégie visant à transformer l'industrie de la pêche commerciale grâce à la robotique. Shinkei a développé Poseidon, un dispositif installé à bord des navires qui utilise la vision par ordinateur pour identifier les poissons, localiser leur cerveau et les tuer instantanément en perçant le crâne et en sectionnant les ouïes dès la sortie de l'eau. Cette solution automatisée reproduit à l'échelle industrielle l'ike jime, une technique japonaise traditionnelle conçue pour éliminer le stress de l'animal avant la mise à mort. En évitant une suffocation prolongée, le système prévient la libération d'hormones de stress et d'acide lactique qui dégradent la qualité de la chair. La durée de conservation du poisson s'en trouve ainsi prolongée de cinq à sept jours à plus de douze, voire quatorze. Pour optimiser la logistique, Shinkei équipe également ses machines de capteurs internes capables d'estimer la durée de vie exacte de chaque spécimen. Cette précision permet de réduire significativement le gaspillage pré-commercial, actuellement estimé à dix-huit pour cent dans la chaîne d'approvisionnement. Le modèle économique repose sur une intégration verticale complète. Shinkei installe Poseidon gratuitement chez les pêcheurs, rachète leur prise à un prix supérieur au marché et l'achemine vers une usine de transformation de seize mille mètres carrés à Tacoma, dans l'État de Washington. Après découpe et conditionnement, le produit est commercialisé sous la marque Seremoni. Cette centralisation vise à relocaliser la transformation du poisson en Amérique du Nord, réduisant la dépendance historique envers les usines asiatiques, souvent pointées pour des pratiques de main-d'œuvre contestées. Les premiers retours commerciaux confirment la viabilité du projet. En phase pilote, Shinkei approvisionne l'épicerie Erewhon à Los Angeles et fournit des restaurants à multiples étoiles. La société indique même réussir à exporter des prises américaines vers le marché japonais, traditionnellement réticent aux produits étrangers. Delian Asparouhov explique que cet investissement s'inscrit dans la philosophie de Founders Fund, qui privilégie délibérément les projets matériels et agricoles hors des secteurs saturés de l'intelligence artificielle logicielle. Le fonds mise sur la relocalisation des chaînes physiques et la résilience opérationnelle. Les obstacles demeurent considérables. L'industrie halieutique reste marquée par des habitudes ancestrales, et la persuasion des distributeurs et restaurateurs face à un surcoût nécessite du temps. Le matériel doit également survivre à un environnement marin corrosif, sans marge d'erreur pour des produits périssables. Malgré ces défis, la convergence de la robotique, de l'intelligence artificielle et de la transformation alimentaire dans un secteur traditionnellement peu attractif démontre le potentiel d'une restructuration durable et économiquement viable de la chaîne de valeur mondiale.
