Bill Gurley prévient : l’IA alimente une crise de confiance dans les SaaS, mais c’est le moment d’acheter
Bill Gurley, capital-risqueur de Silicon Valley et partenaire général chez Benchmark Capital, a partagé ses réflexions sur les opportunités d’investissement dans le contexte de ce qu’il appelle la « SaaSpocalypse », une chute des valorisations des entreprises logicielles en mode SaaS (logiciel en tant que service). En début 2026, les actions de ces sociétés ont connu un repli marqué, alimenté par la crainte que les nouvelles outils d’intelligence artificielle générative, notamment la mise à jour récente d’Anthropic permettant de construire des applications via Claude Code, ne deviennent des concurrents directs de géants comme Salesforce, Atlassian ou DocuSign. Intervenant sur CNBC’s Squawk Box, Gurley a comparé cette situation à la période post-entrée en bourse de Facebook, lorsque la montée des smartphones avait provoqué une baisse de 50 % du cours de l’action, alimentée par la peur d’une disruption technologique. Il souligne toutefois que l’anxiété actuelle est sans précédent en termes d’étendue et d’intensité, touchant un grand nombre d’entreprises simultanément. Pourtant, il rappelle que même les entreprises natives de l’IA, comme Anthropic, continuent d’utiliser des solutions SaaS traditionnelles — Workday ou Salesforce — et paient pour ces services, ce qui témoigne de leur valeur durable. Face à cette baisse, Gurley conseille aux investisseurs de s’inspirer de Warren Buffett : lorsqu’il y a panique sur les marchés, c’est le moment de racheter. « Vous ne devriez pas publier sur les défauts des prix, dit-il, mais vous devriez rester silencieux et ramasser les actions au sol. » Il s’inquiète aussi du phénomène croissant de circularité dans les accords entre entreprises d’IA et celles qui fournissent l’infrastructure physique. Le partenariat récent entre Meta et Advanced Micro Devices (AMD), par lequel Meta s’engage à acheter six gigawatts de puissance de calcul — avec une option pour détenir jusqu’à 10 % du capital d’AMD — illustre ce modèle. Gurley estime que ce type de structure, où les bénéfices s’auto-alimentent, rappelle des scandales financiers passés comme Enron ou WorldCom. Lorsqu’il a décrit cette logique à ChatGPT sans nommer les entreprises, l’IA a spontanément évoqué ces deux cas emblématiques. Il doute que les régulateurs interviennent rapidement, mais prévoit que, « quand tout s’effondrera un jour pour des raisons que nous pouvons discuter », les gens jugeront ces accords comme inappropriés. Enfin, pour les travailleurs préoccupés par l’impact de l’IA sur leurs emplois, Gurley adopte une vision optimiste. Il qualifie l’IA de « carburant à réaction » pour ceux qui sont passionnés par leur métier, capable de booster l’apprentissage, la productivité et l’innovation. « Vous pouvez apprendre plus vite que jamais dans l’histoire », affirme-t-il. Même face à une disruption technologique massive, il déclare qu’il choisirait à nouveau la vie de capital-risqueur, tant il y trouve de plaisir.
