Regeneron mise sur la génétique humaine plutôt que l'IA
En avril 2026, George Yancopoulos, cofondateur et directeur scientifique de Regeneron, s'est rendu à Washington pour évoquer l'approbation récente de la thérapie génique Otarmeni, destinée à soigner une forme grave de surdité et distribuée gratuitement aux États-Unis. Figure emblématique du secteur avec près de mille brevets, il défend une stratégie de développement pharmaceutique résolument ancrée dans la recherche interne et la génétique humaine, s'opposant aux tendances actuelles du marché. Face à une industrie qui privilégie de plus en plus les acquisitions et la poursuite de cibles thérapeutiques populaires, Yancopoulos maintient son cap sur l'étude des mécanismes biologiques fondamentaux. Il critique ouvertement la convergence excessive des pipelines pharmaceutiques, soulignant que la répétition de stratégies éprouvées étouffe l'innovation de rupture. Bien que Regeneron dispose de réserves importantes de plus de dix-huit milliards de dollars et d'une soixantaine de projets en cours, l'entreprise fait face à des défis commerciaux. Le succès du traitement anti-Eylea s'émousse sous la concurrence, tandis que les brevets du Dupixent arriveront à expiration au début des années 2030, nécessitant une relève rapide. Pour maintenir son avance, la société capitalise sur son centre de génétique humaine, qui analyse des millions de séquences ADN. Cette approche a déjà permis d'identifier le gène GPR75, une piste prometteuse dans la lutte contre l'obésité. Dans ce contexte, la place de l'intelligence artificielle est clairement délimitée. Yancopoulos refuse de positionner Regeneron comme une entreprise dédiée à l'IA, la considérant comme un outil d'optimisation du traitement des données plutôt que comme un moteur de découverte scientifique. Pour lui, les algorithmes accélèrent le tri des informations, mais ne remplacent pas la formulation des hypothèses biologiques, la validation expérimentale et l'analyse clinique, qui restent au cœur du processus de création d'un médicament. Cette philosophie, née d'une longue tradition de recherche fondamentale, a porté ses fruits au cours des quatre dernières décennies en produisant des thérapies majeures. Cependant, elle exige une tolérance élevée à l'incertitude et des cycles de développement plus longs, ce qui contraste avec les attentes des investisseurs. Malgré les pressions commerciales et l'attrait des nouvelles technologies, la direction de Regeneron entend conserver sa liberté de choisir les questions de santé les plus complexes à résoudre, privilégiant la rigueur scientifique et l'intuition des chercheurs pour garantir une croissance durable et pérenne dans le secteur pharmaceutique.
