Un casque "télépathique" pour communiquer en silence grâce à l’IA
Un dispositif portatif promet de rendre obsolètes les commandes vocales comme « Alexa, quelle heure est-il ? » en permettant une communication silencieuse grâce à l’intelligence artificielle. Baptisé AlterEgo, ce système d’interface cerveau-machine, développé par Arnav Kapur, fondateur de la société basée à Cambridge, Massachusetts, détecte les signaux musculaires associés à la parole intérieure pour transmettre des pensées à un ordinateur, sans que l'utilisateur prononce un mot à voix haute. Le dispositif, qui repose sur l’oreille, capte les micro-mouvements des muscles de la mâchoire et du visage lorsqu’on articule silencieusement, puis utilise des modèles d’IA pour prédire le mot ou la phrase que l’utilisateur souhaite exprimer. Une réponse audio est ensuite transmise directement à l’oreille via des écouteurs à conduction osseuse. Contrairement aux interfaces cerveau-machine invasives comme celles de Neuralink, qui nécessitent une chirurgie pour implanter des électrodes dans le cerveau, AlterEgo fonctionne de manière non invasive. Il exploite les signaux neuromusculaires qui accompagnent la parole, même lorsqu’elle reste silencieuse. Cette approche réduit les risques liés à l’implantation chirurgicale, tout en restant efficace pour des utilisateurs ayant une motricité limitée. Le projet a vu le jour en 2018 au MIT Media Lab, initialement sous forme d’un prototype encombrant, mais a été progressivement amélioré grâce aux avancées en reconnaissance vocale et en apprentissage automatique. Il a été transformé en entreprise à but lucratif en 2023. Les applications cliniques sont particulièrement prometteuses pour les personnes souffrant de maladies neurodégénératives comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou la sclérose en plaques (SP), qui perdent progressivement la capacité à parler. AlterEgo est actuellement testé sur des patients atteints de SLA, y compris en stade avancé, où il peut capter des signaux très faibles de la parole. « Un patient totalement paralysé ne pourrait pas l’utiliser, mais souvent, un signal mince reste présent dans le système de parole, et c’est suffisant », explique Kapur. Les résultats des essais cliniques sont encore en cours de publication. Cependant, des experts comme Howard Chizeck, ingénieur électrique à l’Université de Washington, restent prudents. Bien qu’il juge la technologie viable et moins intrusive que les assistants vocaux, il doute de son succès commercial à grande échelle. Il souligne que l’efficacité dépend directement de la capacité du patient à contrôler ses muscles de la parole, ce qui diminue avec l’évolution de la SLA. Pourtant, la vision de Kapur reste ambitieuse : « C’est une révolution qui pourrait transformer notre interaction avec la technologie, les autres et le monde. » AlterEgo incarne ainsi une nouvelle forme de « streetwear neuronale », où la frontière entre pensée et communication s’efface progressivement.
