Josh Woodward, l’homme qui sauve Google face à l’IA
Josh Woodward, un nom peu connu du grand public mais emblématique au sein de Google, est devenu une figure centrale dans la stratégie d’intelligence artificielle du géant américain. À 42 ans, ce natif de l’Oklahoma, entré chez Google en 2009 via un stage en gestion de produits, dirige depuis huit mois l’application Gemini, pilier de l’offensive IA de Google. Face à la montée fulgurante d’OpenAI et de ses concurrents, Google est en phase de réinvention, cherchant à maintenir sa position dominante dans l’écosystème numérique alors que les usages évoluent vers des outils d’IA générative. Woodward, également à la tête de Google Labs, est au cœur de cette transformation, orchestrant des projets expérimentaux tout en pilotant des produits grand public. En avril 2024, alors que les actions d’Alphabet chutaient de 18 % au premier trimestre – leur plus mauvais résultat depuis 2022 –, la promotion de Woodward marquait un tournant stratégique. Son équipe a connu un succès fulgurant avec la sortie de Nano Banana, une fonctionnalité de génération d’images permettant de fusionner plusieurs photos pour créer des figurines numériques personnalisées. En quelques jours, le service a saturé les puces Tensor Processing Units (TPU) de Google, obligeant à imposer des limites temporaires. « Nos TPUs ont presque fondu », a déclaré Amin Vahdat, responsable de l’infrastructure IA, lors d’une réunion interne en novembre. Dès septembre, Gemini dépassait 5 milliards d’images générées et détrônait ChatGPT au classement de l’App Store d’Apple. Le succès s’est poursuivi avec l’annonce de Gemini 3, qui a suscité un enthousiasme généralisé dans le secteur. En octobre, le nombre d’utilisateurs mensuels de Gemini a bondi de 350 à 650 millions, tandis que les « Aperçus IA », qui synthétisent les réponses aux requêtes, atteignaient 2 milliards d’utilisateurs. Malgré les 91 à 93 milliards de dollars investis en infrastructures IA, la pression reste intense. Woodward doit concilier innovation rapide et responsabilité éthique, notamment face à la prolifération de contenus générés par l’IA, source de confusion et de manipulation. Ses qualités de leader sont largement reconnues : capacité à contourner la bureaucratie, écoute des utilisateurs, et vision stratégique. Il a lancé des initiatives comme « Papercuts », pour corriger les petits désagréments des produits, et « Block », un système pour signaler les obstacles internes. Il a aussi encouragé l’usage de Discord pour les équipes, malgré les préférences internes, et recruté Steven Johnson, auteur sur l’histoire de la technologie, comme chercheur invité. Le projet Project Tailwind, qui a évolué en NotebookLM, est devenu un succès phare, permettant d’analyser des documents, vidéos ou podcasts pour en extraire des synthèses. Woodward, connu pour son humour décontracté et sa bienveillance, est perçu comme un leader humain, capable de mobiliser les équipes. Il répond directement aux utilisateurs sur X et Reddit, intégrant leurs retours dans les améliorations. Son approche, « laissez-les faire », a permis de créer une culture agile au sein de Google Labs. Le « Demo Slam », événement interne qu’il a imaginé, a été un succès, renforçant l’engagement des employés. Avec une croissance boursière de 62 % en 2024, contre 13 % pour Meta, Google retrouve de la confiance. Sundar Pichai a salué « un élan incroyable » dans la livraison de produits. Woodward, désormais au cœur de l’avenir de Google, incarne à la fois l’innovation technologique et la responsabilité éthique dans l’ère de l’IA. Son rôle sera déterminant pour que Google ne perde pas sa place de leader, tout en restant fidèle à ses principes.
