Anthropic’s CEO prévient : l’ère des « centaures » en ingénierie logicielle a commencé, et elle va bouleverser le travail blanc
Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, affirme que nous sommes actuellement dans une phase de « centaure » en ingénierie logicielle. Comparant l’interaction entre humains et intelligence artificielle à la créature mythologique mi-homme, mi-cheval, il explique que cette synergie représente une étape clé dans l’évolution du travail technologique. Il utilise comme exemple le jeu d’échecs : il y a 15 à 20 ans, un joueur humain supervisant les suggestions d’un logiciel d’échecs pouvait battre à lui seul soit l’IA, soit un joueur humain isolé. Aujourd’hui, les systèmes d’IA sont capables de surpasser les meilleurs joueurs humains sans intervention humaine. Selon Amodei, fondateur d’Anthropic en 2021, nous sommes déjà dans cette phase de « centaure » en matière de développement logiciel. Dans cette période, l’apport humain reste essentiel, mais il est amplifié par l’IA. Il estime que, pendant cette phase, la demande pour les ingénieurs logiciels pourrait même augmenter. Toutefois, il prévient que cette période pourrait être très brève. Il s’inquiète particulièrement du bouleversement majeur que subiront les emplois de niveau débutant dans les métiers blancs — comme le droit, la finance ou la consultation — dans les prochaines années. Contrairement aux grandes transformations historiques, comme le passage de l’agriculture à l’industrie ou à l’économie de la connaissance, qui se sont déroulées sur des décennies ou des siècles, celle-ci s’opère en quelques années seulement, selon lui. « Cela se produit sur une échelle de temps à deux chiffres inférieurs », souligne-t-il. Amodei fait partie des voix les plus influentes avertissant que l’IA pourrait éliminer une grande partie des emplois de bureau de niveau initial. Dans un essai publié en janvier, il prédisait que jusqu’à 50 % de ces emplois pourraient être perturbés dans les un à cinq prochaines années. Des dirigeants d’autres laboratoires d’IA, comme Mustafa Suleyman et Demis Hassabis, ont exprimé des préoccupations similaires, estimant que l’automatisation avancée pourrait toucher les services professionnels dans les 18 mois à venir. Toutefois, certains dirigeants de sociétés technologiques contestent cette vision. Le PDG de GitHub, Thomas Dohmke, affirme que l’IA augmente la productivité des développeurs, mais qu’elle ne remplace pas leur créativité ni leur expertise. « L’idée que l’IA, sans aucune compétence en codage, permet de créer une entreprise d’un milliard de dollars est erronée », affirme-t-il. De son côté, Mike Cannon-Brookes, PDG d’Atlassian, est convaincu que l’innovation technologique ne connaît pas de limite. « Dans cinq ans, nous aurons plus d’ingénieurs dans notre entreprise qu’aujourd’hui, même s’ils seront plus efficaces », déclare-t-il. Selon lui, la création technologique n’est pas limitée par la production, mais par l’imagination humaine.
