Google lance Disco : un navigateur expérimental qui crée des apps web personnalisées en temps réel
Google développe un nouveau navigateur expérimental et une forme inédite d’application web. Le projet, baptisé Disco — un nom qui évoque à la fois la fête (« disco ») et « discovery », soit « découverte » — fait partie des expérimentations lancées aujourd’hui dans Search Labs. Il s’agit d’un navigateur qui, à partir d’une simple requête ou d’un prompt, ouvre automatiquement plusieurs onglets pertinents et construit ensuite une application personnalisée pour répondre précisément à la tâche en cours. Demandez des conseils pour un voyage au Japon, et il vous crée un planificateur interactif ; demandez de l’aide pour réviser, et il génère un système de fiches de révision. Cette combinaison entre recherche intelligente et création d’outils sur mesure est au cœur du concept appelé GenTabs. Ce projet n’est pas une tentative de remplacer Chrome, mais plutôt le fruit d’un hackathon interne au sein de Google. Parisa Tabriz, responsable de l’équipe Chrome, précise que Disco n’est pas conçu comme un navigateur généraliste, bien qu’il puisse ouvrir des sites web. Son objectif est d’explorer ce qu’il se passe quand les utilisateurs passent d’un simple usage d’onglets à la création d’outils numériques sur mesure, spécifiques à leurs besoins immédiats. Les GenTabs sont des pages riches en informations générées par les modèles d’IA Gemini, notamment la version 3, qui excelle désormais à produire des interfaces interactives temporaires — des mini-applications web dynamiques, construites en temps réel. Pour illustrer, Manini Roy, responsable d’un laboratoire d’innovation au sein de Chrome, a lancé un projet dans Disco. En tapant « planifier un voyage au Japon », l’IA a non seulement ouvert plusieurs onglets liés à des destinations, hôtels et activités, mais a aussi proposé de créer un planificateur interactif. Après quelques instants, une application web s’est affichée : une carte du Japon avec des lieux marqués, un outil de création d’itinéraire et des liens vers les sources utilisées. Ce qui rend le système unique, c’est sa nature collaborative : les utilisateurs peuvent ouvrir eux-mêmes de nouveaux onglets (par exemple, des sites de musées ou de restaurants), et le GenTab s’actualise automatiquement en intégrant ces nouvelles informations. Ce cycle d’interaction — entre recherche sur le web et amélioration de l’application générée — est au cœur de l’expérience. Des démonstrations ont aussi montré un GenTab pour comprendre le fonctionnement de la cheville, avec un modèle interactif du pied humain, ou un outil pour un déménagement transcontinental, incluant un calculateur de poids et un comparateur de prix entre entreprises. Dans chaque cas, l’outil propose des suggestions pour améliorer l’interface, et permet des interactions continues via un chat. Contrairement à de nombreux navigateurs d’IA qui privilégient le chat, Disco encourage activement l’ouverture de pages web, car c’est là que réside la « fondation » des GenTabs. Une première version avait seulement affiché les liens dans le chat, mais les utilisateurs ne les ouvraient pas. En forçant l’ouverture d’onglets, l’équipe a créé un « cycle vertueux » : plus on explore, plus l’application s’enrichit. La question majeure reste : qu’est-ce qu’un GenTab ? Est-il persistant, partageable, accessible via un lien ? Tabriz reconnaît qu’aucune réponse définitive n’existe encore. Les utilisateurs demandent déjà à sauvegarder ou partager leurs projets. La solution pourrait être hybride : offrir à la fois des versions temporaires et des versions persistantes, avec des moyens d’exporter les données vers des outils comme Docs ou Sheets. Les équipes sont ouvertes à l’incertitude. Elles ne savent pas si GenTabs deviendront une application autonome, une fonctionnalité intégrée à Chrome, Search ou Google Workspace. Mais ce qui est clair, c’est que Disco incarne une vision profondément web et intelligente du futur de l’IA : pas seulement des réponses, mais des outils concrets, construits en collaboration avec l’utilisateur, et ancrés dans le web réel. C’est peut-être là que réside sa vraie force.
