Apps générées par IA : 3 signes de design et UX limités
La démocratisation des outils d'intelligence artificielle permet désormais à des non-initiés de créer rapidement des applications fonctionnelles, une pratique souvent qualifiée de vibe coding. Cependant, cette approche rapide révèle trois signes distinctifs qui compromettent la qualité, l'utilisabilité et la scalabilité des projets. Le premier constat est une uniformisation des designs, qualifiée par les experts de régression vers la moyenne. Les applications générées par IA privilégient systématiquement des arrière-plans beige ou grisâtre, des polices sans empattement, des coins arrondis et des ombres portées. Comme le souligne Paul Bakaus, directeur général d'Impeccable, ce style ressemble à un Ikea algorithmique : fonctionnel mais manquant singulièrement d'originalité. Cette convergence visuelle est confirmée par les recherches en interaction homme-machine, qui montrent que les outils optimisent pour une esthétique statistique moyenne plutôt que pour une identité de marque. La deuxième faiblesse réside dans la primauté accordée à l'apparence au détriment de la logique interne. Si les pages de présentation semblent souvent très abouties, l'interface reste fréquemment inachevée. Les prototypes conçus par IA sont généralement optimisés pour le chemin idéal, c'est-à-dire le scénario d'utilisation parfait. Dès lors, des éléments visuellement interactifs ne produisent aucune réponse, et les parcours utilisateurs manquent de fluidité. Contrairement à un designer humain qui anticipe les comportements et les intentions des utilisateurs, l'IA tend à négliger l'ergonomie réelle lorsque l'usage dévie du scénario standard. Enfin, ces générations automatiques ignorent systématiquement les cas limites. Les messages d'erreur, les états vides, les écrans de chargement ou les fonctionnalités hors ligne sont souvent omis ou remplacés par des textes génériques. Cette absence de rédaction contextuelle trahit la nature démo du produit et peut frustrer les utilisateurs en situation de problème, là où une communication claire et rassurante est la plus nécessaire. Face à ces limites, les acteurs du secteur s'adaptent. La startup californienne Base44 a récemment déployé son propre modèle, Base 1, spécifiquement conçu pour atténuer cet aspect standardisé et améliorer la cohérence des interfaces. Pour les développeurs amateurs, les chercheurs recommandent de modifier leur approche : privilégier des consignes axées sur les décisions utilisateur plutôt que sur l'esthétique pure, fournir des références visuelles strictes et imposer des contraintes de marque. Plusieurs experts insistent également sur la nécessité de faire appel à des spécialistes de l'expérience utilisateur pour transformer un prototype fonctionnel en produit commercial viable. Bien que l'intelligence artificielle accélère considérablement la phase de prototypage, l'intervention humaine reste indispensable pour garantir qualité, accessibilité et pérennité des applications modernes.
