Le CEO de Surge AI dénonce le terme "data labeling" : "C’est comme élever un enfant, pas coller des étiquettes"
Le PDG de Surge AI, Edwin Chen, a révélé dans une interview sur le podcast de Lenny Rachitsky qu’il déteste le terme « étiquetage de données » — non pas parce qu’il est inexact, mais parce qu’il donne une image trop réductrice de ce que son entreprise fait réellement. Selon lui, ce mot évoque des tâches banales, comme identifier des chats sur des photos ou tracer des cadres autour de voitures, alors que le travail effectué par Surge AI est bien plus profond et complexe. Chen, ancien ingénieur chez Google, Twitter et Meta, a fondé Surge AI en 2020 dans un contexte où les entreprises de traitement d’IA ont besoin de données de haute qualité pour entraîner leurs modèles. L’entreprise, concurrente de Scale AI et Mercor, collabore notamment avec Anthropic et gère DataAnnotation.tech, une plateforme qui permet à des travailleurs indépendants de participer à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle. Ces personnes, souvent qualifiées de « travailleurs fantômes », exercent un rôle essentiel, mais invisible, dans le développement de l’IA. Pour Chen, l’étiquetage de données n’est pas une tâche mécanique, mais une forme de transmission de sens, de culture et de jugement. Il compare ce processus à l’éducation d’un enfant : « On ne donne pas juste des informations à un enfant, on lui enseigne des valeurs, la créativité, ce qui est beau, et toutes ces subtilités infinies qui font d’une personne un être humain. » En ce sens, les entreprises comme Surge AI ne font pas que préparer des données — elles « élèvent les enfants de l’humanité », selon ses mots. Cette vision se reflète même sur le site web de Surge AI, qui pose une question provocatrice : « Qu’est-ce qui a rendu Hemingway, Kahlo et von Neumann extraordinaires ? » La réponse évoque les expériences de vie, les émotions, les choix, les rencontres — autant d’éléments que les données doivent transmettre à l’IA pour qu’elle devienne véritablement intelligente, capable d’imaginer de nouvelles philosophies, de résoudre des énigmes mathématiques ou d’envoyer des fusées vers les étoiles. Chen a également partagé une leçon personnelle sur le lancement d’une entreprise. Avant de fonder Surge AI, il pensait qu’il devrait devenir un « homme d’affaires » classique, plongé dans les réunions, les présentations de financement et les stratégies de communication. Mais il a découvert que ce n’était pas nécessaire. « Je n’ai jamais eu à cacher mon amour pour les données », a-t-il confié. Il regrette de ne pas avoir su plus tôt qu’il n’avait pas besoin de devenir une autre personne pour réussir. « Tu n’as pas besoin de t’adapter à un rôle que tu n’es pas. Tu peux construire une entreprise réussie en créant quelque chose d’exceptionnel, si bon qu’il se démarque malgré le bruit. » En fin de compte, pour Edwin Chen, l’étiquetage de données n’est pas une tâche de bas niveau, mais une forme d’art, de pédagogie et d’humanité. Et le succès d’une entreprise, selon lui, ne repose pas sur l’image qu’on se donne, mais sur la qualité de ce qu’on crée.
