Pourquoi la majorité des startups consommateurs d’IA peinent-elles à perdurer ?
Trois ans après le début de la percée de l’intelligence artificielle générative, la majorité des startups consommateurs spécialisées en IA peinent encore à trouver une stabilité durable. Bien que les utilisateurs individuels aient rapidement adopté des modèles linguistiques généralistes comme ChatGPT, les applications consommateurs dédiées à des usages précis — vidéos, audio, photos — ont peine à capter l’attention à long terme. Chi-Hua Chien, cofondateur et partenaire chez Goodwater Capital, a souligné lors d’une conférence TechCrunch StrictlyVC début décembre que beaucoup des premières applications IA consommateurs, notamment dans les domaines vidéo ou photo, étaient initialement impressionnantes. Mais leur impact s’est rapidement effrité avec la sortie de produits comme Sora d’OpenAI ou des modèles vidéo open source chinois. « Beaucoup de ces opportunités ont disparu comme un simple lampe de poche », a-t-il comparé. Ce petit outil, très populaire après le lancement de l’iPhone en 2008, a rapidement été intégré nativement dans iOS, perdant ainsi tout intérêt pour les développeurs tiers. Chien estime que l’écosystème IA consommateur traverse une phase similaire à celle du smartphone entre 2009 et 2010 — une période où les plateformes se stabilisaient avant que des géants comme Uber ou Airbnb ne naissent. « Nous sommes peut-être au seuil de cette période de maturation », a-t-il ajouté, soulignant que la parité technologique atteinte par Google Gemini avec ChatGPT pourrait être un signe prometteur de cette stabilisation. Elizabeth Weil, fondatrice et partenaire chez Scribble Ventures, partage cette vision. Elle décrit l’état actuel des applications IA consommateurs comme une « adolescence maladroite », entre deux étapes : ni assez mature pour révolutionner, ni assez immature pour être négligée. Pour passer à l’étape suivante, selon Chien, il faudra peut-être un nouveau type de dispositif, bien au-delà du smartphone. « Un appareil que vous prenez 500 fois par jour mais qui ne voit que 3 à 5 % de ce que vous voyez… ce n’est pas le bon support pour exploiter pleinement les capacités de l’IA », a-t-il affirmé. Weil renchérit : le smartphone n’est pas « ambiant », c’est-à-dire qu’il ne perçoit pas naturellement son environnement comme un être humain le fait. Elle a même précisé qu’elle ne pense pas que les grands usages IA consommateurs émergeront dans cinq ans sur un téléphone comme le sien. Les entreprises, startups comme géants technologiques, s’activent donc à concevoir de nouveaux appareils. OpenAI et Jonny Ive, ancien chef du design d’Apple, travailleraient sur un dispositif compact, sans écran. Meta teste des lunettes Ray-Ban contrôlées par une bandelette détectant des gestes subtils. D’autres startups tentent de proposer des objets portables — épingles, pendentifs, bagues — intégrant l’IA de manière différente du smartphone. Mais ces tentatives restent souvent décevantes. Toutefois, une évolution n’est pas nécessairement liée à un nouveau matériel. Chien imagine un conseiller financier personnel, entièrement personnalisé, qui agirait comme un assistant intelligent au quotidien. Weil anticipe quant à elle un tuteur toujours actif, adapté aux besoins individuels, accessible via le smartphone. Malgré l’enthousiasme pour l’IA, Chien et Weil restent sceptiques face à plusieurs startups secrètes de réseaux sociaux alimentés par l’IA. « C’est une expérience à joueur unique », critique Chien. « Ce qui donne du sens aux réseaux sociaux, c’est la certitude que derrière chaque interaction, il y a un être humain réel. »
