L’AFL-CIO lance une offensive pour un avenir de l’IA au service des travailleurs
La plus grande fédération syndicale des États-Unis, l’AFL-CIO, a lancé mercredi une initiative baptisée « workers first » (« les travailleurs d’abord »), appelant les employeurs et les décideurs politiques à collaborer pour construire un avenir technologique centré sur les travailleurs. Cette démarche, qui s’inscrit dans une stratégie globale, repose sur le renforcement du droit de négociation collective, la promotion de réglementations visant à limiter les effets négatifs de l’intelligence artificielle (IA) sur les emplois, ainsi que la mise en place d’un vaste programme d’éducation. Avec 63 syndicats et près de 15 millions de membres — allant des joueurs de hockey professionnels aux infirmières en passant par les marins marchands — l’AFL-CIO affirme qu’il n’existe pas de compromis entre la compétitivité mondiale et le respect des droits fondamentaux des travailleurs. Parmi ses priorités clés figure une meilleure application des droits du travail face à la surveillance algorithmique ou aux licenciements automatisés, la protection contre les atteintes au droit d’auteur, des programmes de formation pour permettre aux travailleurs d’accéder à des emplois dans le secteur de l’IA, ainsi que la transparence des systèmes d’IA financés par des fonds publics. Bien que l’AFL-CIO ne précise pas les sanctions concrètes pour les entreprises qui utiliseraient la technologie pour affaiblir la démocratie ou les droits civiques, son directeur intérimaire au sein de l’Institut technologique, Ed Wytkind, affirme que des recours judiciaires, des amendes ou même des poursuites pénales — des outils éprouvés depuis des décennies — pourraient s’appliquer. Wytkind insiste sur le rôle central de la négociation collective comme outil essentiel pour gérer la transition vers une économie d’IA. Il cite l’exemple du Syndicat des ouvriers de l’automobile (UAW), qui a négocié avec les constructeurs automobiles depuis les années 1950 pour intégrer l’automatisation tout en préservant les emplois et la sécurité. Selon lui, c’est cette collaboration qui a permis d’acquérir des équipements de pointe tout en maintenant une main-d’œuvre qualifiée. L’AFL-CIO entend également utiliser les contrats collectifs pour lutter contre la surveillance intrusive, notamment via des caméras ou des logiciels de suivi des performances, un phénomène qui s’est amplifié depuis les années 1980 et s’est aujourd’hui étendu à l’ensemble des environnements de travail numériques. L’organisation insiste aussi sur la nécessité d’impliquer les travailleurs dans le développement même de l’IA. Elle appelle à intégrer des représentants syndicaux et des travailleurs dans les projets de recherche sur l’IA financés par l’État, arguant que leur retour d’expérience permettrait d’éviter l’achat de technologies inutiles ou dangereuses, tout en réduisant les coûts. En parallèle, l’AFL-CIO soutient des projets législatifs à l’échelle nationale et étatique, notamment en Californie où la loi S.B. 7, appuyée par l’organisation, exigeait une surveillance humaine des décisions d’embauche ou de discipline prises par l’IA. Malgré son adoption par le Sénat, ce projet, surnommé « No Robo Bosses Act », a été rejeté par le gouverneur Gavin Newsom en octobre. Wytkind qualifie ce veto de décevant, mais non décourageant. Il souligne que les mesures de régulation de l’IA sont l’une des rares questions à rassembler à la fois républicains et démocrates. L’AFL-CIO fait face à des opposants puissants, notamment des super PACs dédiés à l’IA, comme celui créé par Meta en Californie. Toutefois, la branche californienne de l’AFL-CIO a déboursé plus de 2 millions de dollars en dons politiques en 2024 — plus de 30 fois plus qu’en 2023 — selon les données de CalMatters. Pour la première fois, l’organisation a adopté une stratégie technologique unifiée, car, selon Wytkind, « aucune branche de l’économie ou des services publics ne sera épargnée par l’IA, même modérément ».
