Charlie Kaufman accuse Hollywood d’alimenter le chaos mondial, et dénonce l’IA comme une menace pour l’art authentique
Charlie Kaufman n’a pas hésité à dénoncer le rôle de Hollywood dans l’état actuel du monde, qu’il juge « terrible ». Dans un entretien récent avec The Guardian, le réalisateur à l’origine d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) et du court métrage récent How to Shoot a Ghost, affirme que l’industrie du cinéma a « tout à voir » avec l’effondrement actuel de la société. Pour lui, cette responsabilité pèse particulièrement lourd sur ceux qui en font partie, comme lui-même, et l’obligation de ne pas « jeter de la merde dans le monde ». Cela signifie pour lui s’abstenir de toute forme de compromis, notamment en refusant d’utiliser l’intelligence artificielle dans sa création. Selon Kaufman, l’essor de l’IA dans le cinéma n’est pas une révolution inédite, mais plutôt une amplification d’un phénomène ancien : la quête obsessionnelle du succès immédiat en se contentant de ce que le public croit vouloir. « Si tu commences à chercher à deviner ce que les gens veulent, tu fais exactement ce que fait l’IA », explique-t-il. C’est précisément cette logique qui explique pourquoi Hollywood réinvente sans cesse les mêmes cinq formules, et pourquoi les films suivent des schémas prévisibles et répétitifs. L’industrie, selon lui, est mue par une logique de rentabilité aveugle, alimentée par des individus « blessés » et « perdus », dont la quête de pouvoir et de richesse se traduit par des fusions et des acquisitions massives. Les récents rapports sur l’intention de Paramount d’acquérir Warner Bros. Discovery semblent confirmer cette critique. Pour Kaufman, ces mouvements ne reflètent pas une vision stratégique, mais une forme de désespoir : « Ces dirigeants sont vraiment perdus, n’ayant rien en eux, et cherchent à se sentir meilleurs en s’appropriant, en dominants, en puissants et en riches. » Il ne se ménage pas non plus : il se reconnaît lui-même comme une personne « endommagée », mais affirme que ses moyens de résilience — lire un poème, contempler une œuvre d’art, écouter de la musique — lui permettent de ressentir des émotions authentiques, brèves mais profondes, qu’il juge essentielles. Enfin, Kaufman est convaincu que l’IA échouera toujours dans l’art, car elle ne peut pas produire ce qu’il appelle « le sentiment d’être vivant ». Ce sentiment, selon lui, est aujourd’hui plus crucial que jamais. « Si nous ne nous permettons pas de nous connecter à d’autres humains qui vivent les mêmes expériences que nous, alors je crois que nous sommes perdus. » Pour lui, le cinéma, comme toute forme d’art, ne doit pas chercher à plaire à tout prix, mais à toucher, ébranler, révéler la vérité intime de l’existence humaine.
