L'IA facilite les entretiens de fin de vie aux urgences
Les urgences hospitalières sont des environnements à haute pression où les médecins disposent de peu de temps pour échanger avec les patients. Pourtant, aborder les traitements de fin de vie et les souhaits du patient avant une crise critique est essentiel. Seules 37 % des personnes âgées souffrant de maladies graves rapportent avoir eu ce type de discussion, souvent trop tardivement, à environ un mois du décès. Cette situation conduit fréquemment à des traitements non désirés, prolongeant douleurs et souffrances. Face à ce constat, une équipe de chercheurs de l'Université Northeastern, dirigée par Smit Desai, Hasibur Rahman et Dakuo Wang, a développé un assistant vocal alimenté par des modèles de langage pour faciliter ces entretiens délicats. Publiées dans la revue Proceedings of the ACM on Human-Computer Interaction, les résultats d'une étude pilote montrent que l'intelligence artificielle peut servir d'intermédiaire efficace. Lors des tests menés auprès de 55 patients aux urgences, 49 ont complété avec succès la conversation guidée par l'IA et 46 ont jugé l'expérience acceptable, se sentant écoutés et respectés. L'objectif n'est en aucun cas de remplacer le personnel médical, mais de soulager les contraintes administratives et temporelles qui pèsent sur les cliniciens. Comme l'explique Hasibur Rahman, l'IA agit comme une couche de soutien permettant aux médecins de réserver davantage de temps et d'énergie à l'empathie humaine dans ces moments sensibles. Malgré ces résultats prometteurs, des défis techniques et éthiques persistent avant un déploiement à grande échelle. Les chercheurs ont notamment dû gérer un cas d'hallucination de l'assistant, une réponse inappropriée générée par le modèle qu'ils ont pu corriger. Dakuo Wang rappelle que l'intégration de l'IA dans les hôpitaux est inévitable, mais estime qu'il faudra encore environ une décennie pour voir ces technologies transformer concrètement les pratiques cliniques, à l'image du déploiement lent des dossiers médicaux électroniques dans les années 1990. Cette approche vise à structurer les conversations sur les soins de fin de vie, à honorer les valeurs des patients et à optimiser le parcours de soin, en laissant aux professionnels de santé le rôle central de la relation humaine.
