Suno au cœur d'une controverse sur le droit d'auteur
La plateforme de musique générative par IA, Suno, prétend interdire l'utilisation de matériel protégé par le droit d'auteur. Cependant, des tests révéleront que ses filtres de sécurité sont extrêmement faciles à contourner avec un minimum d'effort. Il est désormais possible de créer des imitations alarmantes de chansons populaires, telles que "Freedom" de Beyoncé, "Paranoid" de Black Sabbath ou "Barbie Girl" d'Aqua, en utilisant des logiciels gratuits et un plan abonné à la plateforme. Pour générer ces couvertures, l'utilisateur doit disposer du plan Premier de Suno Studio, qui coûte 24 dollars par mois. Au lieu de décrire une chanson par du texte, cette fonctionnalité permet de télécharger un morceau pour l'utiliser comme graine. Bien que Suno bloque généralement les hits connus, des manipulations simples, comme l'utilisation du logiciel Audacity pour modifier la vitesse de lecture du fichier ou ajouter du bruit blanc aux extrémités, permettent souvent de tromper le système. Une fois le fichier importé, Suno régénère l'arrangement instrumental avec des variations minimes selon la version du modèle utilisée. Le modèle v5 introduit davantage de modifications, transformant parfois le style de la chanson originale. Les filtres empêchant l'utilisation de lyrics protégés peuvent également être contournés. Copier-coller des paroles officielles déclenche un blocage, mais des changements orthographiques infimes, comme remplacer un mot par un homophone ou modifier légèrement l'orthographe, suffisent à faire passer le contenu. Les résultats obtenus se situent dans la "vallée de l'étrange" : les mélodies sont reconnaissables, mais l'exécution manque de nuances, de dynamisme et d'expressivité humaine, donnant l'impression d'une imitation plate. Cette faille présente un risque de monétisation directe. Des acteurs malveillants pourraient distribuer ces créations sur des plateformes de streaming via des services comme DistroKid, encaissant ainsi des redevances sans indemniser les auteurs originaux. Les artistes indépendants semblent être les plus vulnérables à cette exploitation. Le cas de la folkiste Murphy Campbell illustre cette vulnérabilité : des copies générées par IA de ses chansons ont été uploadées sur sa page Spotify, ce qui a entraîné des réclamations de droits d'auteur contre elle-même par son distributeur, Vydia, pour des œuvres qui se sont révélées être dans le domaine public. L'incident n'a été résolu qu'après une campagne médiatique. D'autres artistes, tels que William Basinski et le groupe King Gizzard and The Lizard Wizard, ont également signalé la présence d'imitations sur les plateformes de streaming. Ces faux contenus peuvent détourner des écoutes et des revenus, affectant particulièrement les musiciens moins connus dont les revenus dépendent du volume de streams. Bien que Spotify, Deezer et Qobuz affirment mettre en place des mesures pour identifier et supprimer ces contenus, la tâche reste immense face à la masse de données générées. Les plateformes reconnaissent les difficultés techniques, mais le système actuel apparaît défectueux, laissant peu de recours aux artistes dont les œuvres sont imitées sans leur consentement. Suno, quant à lui, a choisi de ne pas commenter cette situation.
