IBM mise sur une stratégie long terme pour dominer l’IA en entreprise avec ses systèmes intégrés
IBM joue une partie à long terme dans le domaine de l’intelligence artificielle, en s’appuyant sur sa position solide en tant que fournisseur d’infrastructure et de services pour les entreprises. Bien qu’elle ne vise pas à devenir le plus grand acteur mondial de l’IA, la société s’impose comme un partenaire clé pour des milliers de clients exigeants, soucieux de sécurité, de contrôle et d’intégration progressive. Contrairement aux géants du cloud qui poussent vers des modèles d’IA massifs et publics, IBM mise sur une approche différenciée : intégrer l’IA dans les systèmes existants, notamment ses processeurs Power et z, avec des accélérateurs dédiés comme Spyre, des outils logiciels comme RHEL.AI et OpenShift.AI, et une expertise sectorielle profonde. Le troisième trimestre 2025 a confirmé une croissance solide : chiffre d’affaires de 16,33 milliards de dollars (+9,1 %), bénéfice brut à 9,36 milliards (+11,2 %) et bénéfice net de 1,74 milliard, contre une perte de 317 millions un an plus tôt. Le groupe Infrastructure a progressé de 17 %, porté par la montée en puissance des serveurs Power11 et z17, avec une hausse de 60 % des ventes de mainframes z. Le segment hybride, incluant les capacités Power et z vendues via IBM Cloud, a bondi de 28 %, tandis que le support technique a vu ses revenus augmenter légèrement. Dans le groupe Logiciels, les ventes ont atteint 7,21 milliards (+10,5 %), avec Red Hat représentant 2,09 milliards (+12 %), légèrement en dessous des objectifs. Les logiciels traditionnels comme les bases de données et les outils de développement ont progressé de 17,5 %, reflétant une demande croissante pour des solutions intégrées. Le groupe Conseil a généré 5,32 milliards (+3,3 %), avec un bénéfice avant impôt en hausse de 22,7 %. Une forte croissance des projets d’IA générative (GenAI) est observée : 1,5 milliard de dollars de nouveaux contrats enregistrés, représentant 22 % du portefeuille de 31 milliards de dollars, et un doublement du nombre de projets par rapport à l’année précédente. IBM ne cherche pas à rivaliser directement avec OpenAI ou Anthropic, mais à devenir le partenaire de confiance pour les entreprises qui ne veulent pas dépendre des hyperscalers. Son avantage réside dans sa capacité à offrir une IA sécurisée, locale, intégrée à des infrastructures existantes, et soutenue par une expertise technique et industrielle inégalée. Le projet Bob, basé sur le modèle Sonnet 4.5 d’Anthropic, illustre cette stratégie : un assistant de codage conçu pour fonctionner sur les systèmes IBM, utilisant les accélérateurs Spyre, et répondant aux besoins spécifiques des clients qui développent leurs propres applications métier. Wall Street reste sceptique, mais les clients, plus patients, reconnaissent la valeur de cette approche. IBM n’ambitionne pas d’être le leader de l’IA, mais de rester « Big Blue » pour ses 100 000 clients, en leur offrant une voie maîtrisée, rentable et durable vers l’IA. Avec 14,89 milliards de dollars de trésorerie, la société peut poursuivre son développement organique et ciblé, sans recourir à des acquisitions coûteuses. Le succès dépendra de la performance réelle de Spyre, de sa facilité d’intégration, et de la capacité d’IBM à faire comprendre à ses parties prenantes que sa stratégie n’est pas de courir après les dernières tendances, mais de bâtir une rentabilité durable dans un marché où la sécurité et la prévisibilité sont des atouts décisifs.
