Samsung et SK Hynix : avantage structurel sur le Japon
Selon Yuji Sugimoto, directeur de Bain Capital et ancien dirigeant de l'acquisition de Toshiba Memory, désormais Kioxia, les géants sud-coréens des semi-conducteurs conservent un avantage structurel que l'industrie japonaise peine à égaler. Dans une interview récente, l'exécutif a souligné que la réussite de Samsung et SK Hynix repose sur la gouvernance pyramidale des chaebols, permettant des décisions stratégiques rapides et des engagements financiers massifs. Dans le secteur des puces, où l'hésitation conduit à un déclin irrémédiable, cette structure de direction se révèle indispensable. Sugimoto dirigeait le consortium mené par Bain Capital lors de l'achat de Toshiba Memory en 2018, pour environ deux billions de yens. La division a ensuite été renommée Kioxia. Il explique que le redressement spectaculaire de l'entreprise aurait été impossible si elle était restée au sein de Toshiba. La culture corporate japonaise aurait freiné les investissements prolongés nécessaires malgré les pertes initiales, les autres divisions de l'entreprise s'y étant opposées. Bain a maintenu le cap durant la basse cyclique du marché, une stratégie qui a pleinement porté ses fruits avec la flambée de la demande liée à l'intelligence artificielle. Le marché a réagi avec enthousiasme aux résultats de Kioxia. Depuis son introduction en bourse en décembre 2024, les actions de l'entreprise ont grimpé de plus de 4 000 %. Bain Capital a d'ailleurs procédé à sa sortie complète de l'investissement. Lors de la séance de jeudi, les titres de Kioxia progressaient de 8,5 %, contribuant à la hausse du Nikkei 225. En Corée du Sud, les échanges sont restés mitigés, le Kospi reculant de 1,7 %, tandis que Samsung Electronics perdait 2,3 % et SK Hynix gagnait 2,3 %. Cette dynamique confirme la divergence des modèles industriels entre les deux nations. Alors que les conglomérats japonais privilégient souvent la stabilité et le consensus, les chaebols sud-coréens conservent leur capacité à parier sur le long terme, une flexibilité vitale face aux cycles de forte intensité capitalistique propres à la fabrication de semi-conducteurs. L'essor actuel de Kioxia, porté par l'IA, démontre le potentiel des investisseurs privés à revitaliser les divisions stratégiques, sans pour autant remettre en cause l'avantage persistant des structures de gouvernance sud-coréennes dans un marché en expansion rapide.
