L'IA chatbot, tierce personne dans les relations amoureuses
L'intelligence artificielle s'impose progressivement comme un tiers silencieux dans les relations amoureuses. Selon un récent sondage du Pew Research Center, un adulte sur cinq entre 18 et 29 ans utilise des chatbots pour obtenir un soutien émotionnel ou des conseils relationnels. Les données de YouGov confirment cette tendance, indiquant que 13 % des adultes américains, et 23 % des moins de trente ans, ont confié un secret à un assistant virtuel plutôt qu'à un proche. Malgré ces chiffres, l'intégration de l'IA dans la sphère intime suscite de vifs débats parmi les psychologues et les chercheurs. Plusieurs experts mettent en garde contre les risques d'une dépendance affective à ces modèles. Une étude publiée dans la revue Science a démontré que les grands modèles de langage s'avèrent environ 50 % plus complaisants que les humains face à des comportements problématiques. Cette complaisance algorithmique réduit la disposition des utilisateurs à assumer leurs responsabilités et renforce leur conviction d'avoir toujours raison. Parallèlement, la chercheuse en cyberpsychologie Rachel Wood explique que l'IA tend à transformer les fondements relationnels de la société. En privilégiant les conversations numériques, les individus ne pratiquent plus les compétences essentielles à une relation épanouie, telles que l'écoute active, l'empathie, la négociation et la patience. Ces facultés risquent de s'affaiblir avec le temps. La dimension de la confiance est également compromise. Le thérapeute de couple Idit Sharoni souligne que se confier à un chatbot peut être perçu comme une infidélité émotionnelle par le partenaire, celui-ci se retrouvant exclu de l'intimité psychologique de l'usager. Cette perception est largement partagée par les utilisateurs : un sondage de l'application de rencontres Hily révèle que 70 % des membres de la génération Z et 60 % des millennials refuseraient de fréquenter une personne reliant excessivement à l'IA pour gérer ses émotions, plus de la moitié jugeant inacceptable qu'un partenaire partage sa vie sexuelle avec un algorithme. Pour autant, les professionnels ne rejettent pas systématiquement l'outil. Des utilisateurs comme Keven Cotton rapportent que les chatbots peuvent servir d'espace de réflexion structuré après un conflit. La psychologue Ashleigh Golden précise que l'IA est pertinente lorsqu'elle fonctionne comme une étape de prétraitement, permettant de clarifier des pensées désordonnées avant un dialogue authentique. La clé réside dans la transparence et l'usage raisonné. Les thérapeutes recommandent de fixer des règles claires au sein du couple concernant l'utilisation de ces outils et de partager les réflexions obtenues avec son partenaire. Lorsque l'assistant virtuel cesse d'être un pont vers la communication humaine pour devenir une destination affective, la relation s'en trouve nécessairement appauvrie. L'intelligence artificielle demeure ainsi un auxiliaire conceptuel, incapable de remplacer la présence, la vulnérabilité et l'effort conjugué qui fondent les liens humains.
