IA : architectes repensent les centres de données
La course à la construction de centres de données pour l'intelligence artificielle soulève des questions croissantes sur leur impact sur les communautés voisines. Aux États-Unis, plus de 1 400 installations ont été construites ou approuvées d'ici fin 2025, certaines s'élevant à proximité immédiate de zones résidentielles, comme en Virginie où près de 30 % des centres en service sont situés à moins de 60 mètres de terrains habitables. Cette proximité génère des tensions locales liées au bruit, à la consommation d'eau et à la pression sur les réseaux électriques, une opposition qui se traduit par un refus de 71 % des adultes américains de voir un tel complexe dans leur quartier. Face à ce défi, les architectes repensent la conception de ces infrastructures pour qu'elles contribuent positivement à leur environnement. Le studio new-yorkais Forma a imaginé en 2021 les Bains Thermiques Roses, un projet souterrain dont la chaleur fatale des serveurs réchaufferait un bain public au-dessus du sol. Miroslava Brooks, associée fondatrice de Forma, souligne que la priorité doit passer d'une logique de simple hébergement technologique à un modèle circulaire où l'infrastructure sert à la fois la culture et l'écologie locale. D'autres cabinets intègrent des solutions pragmatiques. Gensler, qui conçoit des installations pour de grands fournisseurs cloud, privilégie l'adaptation des matériaux et l'ajout d'espaces publics, comme un parc d'un acre, pour briser l'aspect industriel des bâtiments. À l'inverse, le bureau Arup explore la verticalité, des écrans anti-bruit, et la synergie avec l'agriculture locale via la récupération de chaleur fatale. Ces propositions exigent toutefois un accompagnement des collectivités et des infrastructures de réseau qui font encore défaut. Les experts nuancent l'apport de l'architecture seule. Marina Otero Verzier, professeure à la Harvard Graduate School of Design, rappelle que la réutilisation de la chaleur reste une solution partielle, car elle traite un déchet plutôt que la cause première de l'impact. Elle plaide pour une refonte du modèle traditionnel : varier les typologies de centres selon la criticité des données, réduire les fonctionnements continus et placer d'abord les besoins communautaires au cœur de l'aménagement. Selon elle, les impératifs des géants technologiques ne doivent plus dicter la reconfiguration des ressources locales. La convergence entre conception architecturale, régulation publique et ingénierie énergétique s'impose désormais pour rendre l'expansion de l'IA compatible avec le vivre-ensemble.
