Microsoft mise sur les superconducteurs pour réinventer les data centers
Microsoft envisage une révolution dans la conception des centres de données en adoptant des matériaux permettant la transmission électrique sans résistance, appelés supraconducteurs à haute température (HTS). Cette technologie, si elle parvient à la commercialisation, pourrait transformer radicalement la taille, l’efficacité énergétique et l’empreinte physique des centres de données, ainsi que des réseaux électriques auxquels ils sont connectés. Face à la pression croissante liée à la consommation énergétique massive des IA génératives, aux retards dans les raccordements aux réseaux électriques insuffisamment équipés, et aux impacts environnementaux et sociaux des constructions de nouveaux centres, Microsoft cherche des solutions innovantes. Les câbles HTS, capables de transporter l’électricité sans perte, permettraient de réduire considérablement l’espace nécessaire, tant à l’intérieur des centres que pour les lignes de transmission. Actuellement, les infrastructures énergétiques et les centres de données utilisent principalement du cuivre, efficace mais limité par les pertes par effet Joule. Les câbles supraconducteurs, en revanche, fonctionnent avec une résistance nulle, ce qui diminue drastiquement les pertes d’énergie et permet des câbles plus légers et plus compacts. Bien que déjà utilisés dans des appareils comme les IRM, leur déploiement à grande échelle reste freiné par des défis techniques et économiques : ils doivent être refroidis à des températures très basses, généralement à l’aide d’azote liquide, et leur matière de base — l’oxyde de baryum, de cuivre et de terres rares — dépend largement d’une chaîne d’approvisionnement concentrée en Chine. Cependant, l’essor de l’IA générative et les ambitions dans le domaine de la fusion nucléaire ont dynamisé la recherche et la production de ces matériaux. La demande croissante pour les bandes HTS dans les projets de fusion, comme le réacteur SPARC mené par MIT et Commonwealth Fusion Systems (financé par Bill Gates), a permis de réduire les coûts et d’élargir les capacités de fabrication. Microsoft, qui soutient également un projet de fusion au Washington, voit dans cette synergie un levier stratégique. En collaboration avec la société VEIR, basée au Massachusetts, le géant a démontré qu’un câble HTS pouvait transporter la même puissance qu’un câble classique tout en occupant un espace 10 fois plus petit. À l’intérieur des centres de données, cette réduction d’encombrement permet une meilleure agilité dans le placement des équipements. À l’extérieur, les lignes à haute tension en HTS pourraient nécessiter un emplacement réduit de seulement 2 mètres de large, contre 70 mètres pour les lignes aériennes traditionnelles. Cela accélérerait les autorisations, réduirait les coûts de construction et minimiserait les conflits avec les communautés locales. Selon Dennis Whyte, professeur au MIT, cette évolution est naturelle et porteuse. Des experts comme Ziad Melhem, professeur à l’université de Lancaster, estiment que « le centre de données du futur sera supraconducteur ». En somme, Microsoft ne se contente pas d’optimiser ses propres infrastructures : il joue un rôle clé dans l’essor d’une technologie à double effet — allégeant la charge énergétique des IA tout en accélérant la transition vers une énergie propre et plus résiliente.
