Replit décolle enfin après 9 ans d’efforts : un billion de développeurs en vue, mais le vrai défi commence maintenant
Après neuf années de lutte silencieuse, Replit a enfin trouvé sa place sur le marché. Alors que des startups spécialisées dans le codage assisté par IA comme Cursor levèrent des fonds spectaculaires en à peine trois ans, le parcours de Replit vers une valorisation de 3 milliards de dollars a été long et semé d’embûches. Pour son fondateur, Amjad Masad, qui œuvre depuis 2009 pour démocratiser la programmation, cette réussite est le fruit d’une quête de 16 ans marquée par des modèles commerciaux infructueux, des années bloquées à un niveau de revenus stable, et une crise qui l’a poussé à réduire de moitié son effectif. En janvier 2024, la société basée à San Francisco a levé 250 millions de dollars auprès de Prysm Capital, portant sa valorisation à près de 3 milliards – presque trois fois plus qu’en 2023. Ce bond s’inscrit dans une croissance exceptionnelle : les revenus annuels ont grimpé de 2,8 millions à plus de 150 millions en moins d’un an. Pour Masad, ce moment n’est pas seulement une victoire financière, mais la concrétisation d’une mission personnelle : « faire naître un milliard de programmeurs ». Fils palestinien-jordanien, Masad a commencé sa carrière en 2009 avec un projet open source qui attira l’attention du New York Times. Il a contribué à la révolution des MOOC en tant qu’ingénieur chez Codecademy, dont le code a aussi servi à Udacity. Mais créer une entreprise viable s’est révélé bien plus difficile. Replit, fondée en 2016, a passé huit ans à chercher un produit-marché adapté. Pendant des années, ses revenus sont restés figés autour de 2,8 millions de dollars. Des tentatives de commercialisation auprès des écoles se sont soldées par l’échec, et chaque nouveau modèle économique s’arrêtait à un plafond similaire. En 2023, avec 130 employés et un taux de dépense élevé, Masad a dû couper 50 % de son personnel. C’est alors que tout a basculé. En automne 2023, Replit a lancé Replit Agent, une interface basée sur des agents intelligents capables non seulement d’écrire du code, mais aussi de le déboguer, le déployer et gérer les bases de données — un véritable partenaire logiciel. En janvier 2024, la société a annoncé un changement stratégique radical : abandonner les développeurs professionnels au profit des « travailleurs du savoir » non techniques. Cette décision a suscité la controverse, notamment sur Hacker News. Mais elle s’est révélée payante. En ciblant les employés de bureau sans formation technique, Replit a accédé à un marché inédit. Selon Masad, les marges brutes sont désormais positives, atteignant 80 à 90 % sur les contrats enterprise, avec des clients comme Zillow, Duolingo ou Coinbase payant 100 dollars par utilisateur, plus des frais variables. Le succès a été confirmé par le rapport d’investissement en IA d’Andreessen Horowitz, qui place Replit au troisième rang des applications IA les plus dépensées par les startups — devançant tous les outils de développement. Malgré un incident en juillet où un agent a supprimé une base de données de Jason Lemkin, Replit a réagi rapidement en instaurant un système de sécurité séparant les environnements de test et de production. L’incident, loin de nuire à la confiance, a renforcé la crédibilité de la plateforme. Néanmoins, des menaces subsistent. OpenAI et Anthropic, dont les modèles alimentent Replit, ont lancé leurs propres outils de codage, pouvant les subventionner et les optimiser sur leurs propres produits. L’avantage de Replit réside dans sa cible précise (non-techniciens), son infrastructure avancée pour le déploiement, et sa capitalisation de 350 millions de dollars non utilisés. Le plan actuel inclut l’expansion, le développement accéléré et des acquisitions stratégiques. Pour Masad, la réussite est temporaire. « Cela aussi passera », dit-il, rappelant sa longue patience. Contrairement aux startups de la vague actuelle d’IA, il a traversé plusieurs cycles de hype et sorti avec une proposition différenciée, rentable et fondée sur une vision durable. « Ce qui compte, c’est de faire ce qu’il faut, avec intégrité, et avancer. »
