Les hedge funds s'engagent en force dans l'IA : comment Citadel, Balyasny, Point72 en font un avantage concurrentiel
Les fonds spéculatifs comme Citadel, Balyasny et Point72 intègrent de plus en plus l’intelligence artificielle (IA) dans leurs stratégies d’investissement, tant pour analyser des données massives que pour renforcer leur avantage concurrentiel. Dans un secteur où chaque avantage informationnel peut faire la différence, l’IA devient un outil essentiel pour extraire de la valeur dans des flux de données bruyants et complexes. Citadel, géré par Ken Griffin, consomme désormais des données mesurées en pétabytes — une quantité équivalente à des centaines de millions d’images ou des centaines de milliers de films en haute définition — grâce à des systèmes d’IA capables de traiter cette masse d’informations sans surcharge. Umesh Subramanian, directeur technique de Citadel, a souligné que l’industrie est engagée dans une course aux données et à leur traitement, où même une infime avance peut être décisive. Balyasny, dont le fonds gère 29 milliards de dollars, a développé un chatbot interne, BAMChatGPT, utilisé par environ 80 % de son personnel. Ce système automatisé permet de déléguer des tâches répétitives aux analystes seniors, libérant du temps pour l’analyse stratégique. L’entreprise a même recruté Matthew Henderey, ancien développeur d’IA au CIA, pour renforcer son équipe de science des données. D’autres firmes, comme Man Group et Viking Global, ont également mis en place leurs propres outils d’IA internes. Des hedge funds quantitatifs comme D.E. Shaw, Bridgewater et Two Sigma, ainsi que des firmes de trading propres comme Jane Street, Citadel Securities ou Hudson River Trading, ont longtemps été en pointe dans l’utilisation de l’apprentissage automatique. Deux Sigma, par exemple, utilisait déjà l’IA générative depuis plus de cinq ans en 2024, tandis que Bridgewater a lancé en 2024 un fonds de 2 milliards de dollars entièrement piloté par l’apprentissage automatique, dont le rendement est « corrélé de manière unique à ce que font les humains ». Pour rester compétitifs, ces firmes attirent des talents techniques de haut niveau grâce à des rémunérations très élevées. Toutefois, les startups d’IA, soutenues par des fonds de capital-investissement comme Tiger Global, Coatue ou D1, rivalisent désormais avec les hedge funds sur le plan salarial, attirant certains jeunes quantitatifs vers la Silicon Valley. En parallèle, ces fonds investissent massivement dans l’écosystème de l’IA. Les Tiger Cubs — fonds liés à Julian Robertson — ont orienté leurs portefeuilles vers des entreprises clés du secteur, notamment Nvidia, AMD, SK Hynix, Alphabet, Microsoft et Meta. Maverick, géré par Lee Ainslie, se concentre moins sur les acteurs finaux de l’IA que sur le soutien à l’écosystème des semi-conducteurs via son fonds privé Maverick Silicon, dirigé par Andrew Homan. Steve Cohen, fondateur de Point72, a lancé en octobre 2024 un nouveau fonds dédié à l’IA, Turion, en hommage à Alan Turing. Géré par Eric Sanchez, ce fonds a dépassé les performances de l’offre phare de Point72 en 2025. Malgré ces avancées, certains leaders du secteur restent sceptiques. Ken Griffin de Citadel affirme que l’IA ne peut pas encore battre les marchés. Paul Singer d’Elliott estime que les applications de l’IA sont « exagérées ». À un congrès de quantitatifs à Londres, la conclusion a été que l’humain reste l’élément clé : l’IA amplifie, mais ne remplace pas, le jugement humain. Comme l’ont noté les dirigeants de Man Numeric, les humains apportent la stratégie, le contexte et la prise de décision finale, tandis que l’IA s’occupe du traitement de données, de la génération d’hypothèses et de l’analyse initiale. L’IA est donc perçue comme un outil complémentaire, non une substitution.
