L’Europe décolle dans la course aux supercalculateurs : JUPITER, son premier exascale, lance un défi mondial à l’IA
Le 5 septembre, le chancelier allemand Friedrich Merz a inauguré JUPITER, le premier superordinateur exascale d’Europe, marquant ainsi une étape décisive dans la montée en puissance technologique du continent. Alors que les États-Unis et la Chine s’affrontent dans la course à l’innovation en intelligence artificielle (IA), l’Europe a longtemps été en retard. JUPITER, qui a franchi le seuil de l’exascale — soit plus d’un quintillion (10¹⁸) opérations par seconde — vient redresser la barre. Classé quatrième plus puissant au monde, JUPITER se distingue non seulement par sa vitesse, mais aussi par son engagement écologique : alimenté à 100 % par des énergies renouvelables, il est le plus économe en énergie parmi les supercalculateurs mondiaux. Développé depuis 2018 sous l’égide de la Commission européenne et du gouvernement allemand, ce système est installé au centre de recherche de Jülich, en Allemagne. Il repose sur environ 24 000 puces NVIDIA et peut atteindre plus de 1 000 petaflops en performance maximale — soit un exaflop, soit un million de milliards d’opérations par seconde. Pour la première fois, les chercheurs européens disposent d’un accès direct à une infrastructure de pointe, sans devoir dépendre des supercalculateurs américains ou asiatiques. « C’est absolument une avancée majeure pour l’Europe », souligne Kirk Cameron, scientifique informatique à l’université Virginia Tech. « Le monde est en pleine course à l’IA, et il était temps que l’Europe rattrape son retard. » JUPITER a démarré ses calculs en juillet, et son utilisation officielle a été lancée avec une performance de pointe d’environ 800 petaflops, derrière les supercalculateurs américains El Capitan (1,7 exaflop), Frontier (1,35 exaflop) et Aurora (1 exaflop). Thomas Lippert, responsable du projet à Jülich, insiste sur l’importance stratégique de ce dispositif : « Notre économie et notre bien-être dépendent de ces technologies. » Malgré son efficacité, JUPITER consomme 17 mégawatts à plein régime — l’équivalent de l’électricité nécessaire pour alimenter environ 11 000 foyers. Ce niveau de consommation soulève des préoccupations sur la pression qu’il peut exercer sur les réseaux électriques locaux. « Ces machines rivalisent avec des villes pour l’énergie », observe Cameron. Plusieurs projets de recherche ont déjà été sélectionnés, dont des travaux sur les modèles fondamentaux d’IA, la génération vidéo, les prévisions météorologiques, la physique des particules, les applications énergétiques et le développement de médicaments. Les chercheurs pourront solliciter l’accès à JUPITER deux fois par an, ce qui favorise une utilisation équitable et ciblée. JUPITER n’est pas seulement un outil de calcul : c’est un levier stratégique pour renforcer l’autonomie technologique de l’Europe, former une nouvelle génération d’experts et positionner le continent comme acteur majeur dans la révolution numérique et l’intelligence artificielle.
