DeepSeek déferle sur la scène mondiale : l’IA chinoise qui défie l’hégémonie américaine
DeepSeek, une start-up chinoise spécialisée dans l’intelligence artificielle, a connu une ascension fulgurante en 2024, devenant l’un des acteurs les plus médiatisés du paysage mondial de l’IA. Son application de chatbot a gravi les classements de l’App Store et de Google Play, dépassant 16,5 millions de visites en mars 2025, malgré une baisse de 25 % par rapport à février. Cette montée en puissance a suscité l’inquiétude aux États-Unis, où des analystes financiers et technologiques se demandent désormais si l’Amérique peut préserver son avance dans la course à l’IA. Fondée en 2023 par High-Flyer Capital Management, un hedge fund quantitatif chinois dirigé par Liang Wenfeng, DeepSeek a été lancée comme un laboratoire dédié à la recherche en IA, avant de devenir une entreprise indépendante. Contrairement à de nombreux concurrents, DeepSeek a investi tôt dans ses propres centres de données pour entraîner ses modèles. Malgré les restrictions américaines sur les puces Nvidia, la société a pu utiliser des H800, versions affaiblies des H100, pour développer ses systèmes. Les modèles de DeepSeek ont rapidement attiré l’attention. En novembre 2023, la société a dévoilé ses premiers modèles — DeepSeek Coder, DeepSeek LLM et DeepSeek Chat. Mais ce sont les versions suivantes, notamment DeepSeek-V2 en 2024, qui ont marqué un tournant : performants, économiques à l’exécution, ils ont contraint des géants comme ByteDance et Alibaba à réduire leurs prix ou à offrir leurs modèles gratuitement. La sortie de DeepSeek-V3 en décembre 2024 a encore renforcé sa réputation. Selon des tests internes, ce modèle surpasserait à la fois les modèles open-source comme Llama de Meta et les modèles fermés comme GPT-4o d’OpenAI. Son modèle R1, lancé en janvier 2025, spécialisé dans le raisonnement, rivalise avec l’o1 d’OpenAI en matière de fiabilité, en particulier dans les domaines scientifiques et mathématiques, grâce à une capacité d’auto-vérification. Cependant, les modèles chinois sont soumis à la censure du régulateur internet chinois, qui s’assure que les réponses « incarnent les valeurs socialistes fondamentales ». Ainsi, R1 refuse de répondre à des questions sur Tiananmen Square ou la souveraineté de Taïwan. DeepSeek adopte une stratégie commerciale inédite : des prix très bas, voire gratuits, sans recherche de financement externe malgré l’intérêt des investisseurs. Son succès a été décrit comme « révolutionnaire », poussant Nvidia à réviser positivement son modèle économique — Jensen Huang a salué l’innovation de DeepSeek, soulignant que les modèles à raisonnement consomment davantage de calcul, ce qui profite à ses puces. En janvier, la chute de 18 % du cours d’actions de Nvidia a été attribuée en partie à la montée de DeepSeek. Des institutions comme OpenAI, Microsoft, Meta et le gouvernement américain ont réagi avec vigilance. OpenAI a qualifié DeepSeek de « subventionné par l’État » et a recommandé son interdiction. Le gouvernement américain a déjà interdit son utilisation sur les appareils gouvernementaux, suivie par des États comme New York et des pays comme la Corée du Sud. Brad Smith, vice-président de Microsoft, a confirmé que ses employés ne peuvent pas utiliser DeepSeek en raison de risques de sécurité et de désinformation. Malgré ces restrictions, DeepSeek a continué à innover : une version expérimentale V3.2-exp, lancée en septembre 2025, réduit drastiquement les coûts d’inférence dans les tâches à long contexte. Sur Hugging Face, plus de 500 modèles dérivés de R1 ont été créés, cumulant 2,5 millions de téléchargements. En résumé, DeepSeek incarne une nouvelle forme de concurrence dans l’IA, combinant performance, efficacité et stratégie commerciale audacieuse. Son impact est indéniable, mais il soulève aussi des questions géopolitiques et éthiques majeures sur la souveraineté technologique, la sécurité des données et la liberté d’accès à l’IA. Son avenir dépendra autant de ses avancées techniques que de la réponse des autorités internationales.
