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Une plaque de verre pourrait sauvegarder vos données 10 000 ans

La science-fiction avait déjà imaginé le stockage de données dans du verre, des idées qui ont inspiré des univers comme Superman, Star Trek ou Mission Impossible. Aujourd’hui, des chercheurs de Microsoft rapprochent cette vision du réel en stockant près de 2 téraoctets (TB) de données – équivalent à des centaines de milliers de photos ou des centaines d’heures de vidéo – dans des disques de verre de la taille d’un sous-verre. Cette avancée, publiée dans la revue Nature, ouvre la voie à une solution de stockage à long terme, durable et peu coûteuse, capable de conserver les données pendant des milliers d’années. Peter Kazansky, expert en optoélectronique à l’Université de Southampton, qui a contribué à l’essor du stockage dans le verre, qualifie cette démonstration de « très réussie ». Bien que ses propres travaux aient atteint des densités de stockage supérieures, ils nécessitaient un verre spécial et un équipement complexe, tandis que l’approche de Microsoft utilise un verre borosilicate courant, comme celui utilisé en verrerie, et un système plus simple et plus rapide. La demande croissante de stockage à long terme est incontestable : d’ici 2040, la capacité mondiale de stockage devrait augmenter d’un facteur dix, atteignant plus de 250 zettabytes. Pourtant, les technologies actuelles comme les bandes magnétiques ou les disques durs se dégradent en une dizaine d’années, nécessitant des migrations fréquentes et coûteuses. Une alternative prometteuse est le stockage dans l’ADN, capable de contenir des centaines de milliers de TB par gramme. Mais la synthèse chimique de l’ADN reste chère, et la lecture des données via des séquenceurs est lente. De plus, l’ADN doit être conservé dans des conditions strictes, à l’abri de l’humidité et de la lumière ultraviolette. Le verre, lui, est abondant, bon marché et extrêmement résistant. Une fois les données gravées, aucune énergie n’est nécessaire pour les préserver. Il peut résister à des épreuves extrêmes : griffures, ébullition, cuisson, sans altérer les données. « Il peut survivre à une négligence bienveillante », explique Richard Black, responsable du projet Silica chez Microsoft. Il y a plus de dix ans, Kazansky avait démontré que des impulsions laser intenses pouvaient créer des micro-vides dans du verre, permettant un stockage à très haute densité. Mais cette méthode nécessitait un verre pur et des microscopes complexes. L’équipe de Microsoft a opté pour du verre borosilicate, trop dur pour créer des vides, mais capable de modifier son indice de réfraction sous l’effet du laser. En balayant le laser à travers le verre et en ajustant sa profondeur de focus, ils peuvent écrire des données sur des centaines de couches. En divisant le faisceau en quatre, ils atteignent une vitesse d’écriture de 66 mégaoctets par seconde – encore plus lente que les bandes magnétiques, mais améliorable en augmentant le nombre de faisceaux à 16. Pour la lecture, une lumière passe à travers le verre, capturée par une seule caméra microscopique. Un algorithme filtre les interférences et reconstruit les données. Le système a été automatisé, et les chercheurs ont déjà archivé des films Warner Bros. et de la musique dans un bunker de l’archipel de Svalbard, en Norvège. Bien que Microsoft ne prévoie pas de commercialiser la technologie pour l’instant, Kazansky est convaincu que le verre deviendra un support incontournable pour les messages du futur. Même si le verre borosilicate ne dure que 10 000 ans, « c’est largement suffisant », affirme-t-il. « Si vous voulez envoyer un message à l’avenir, il n’y a rien de mieux que le stocker dans du verre.»

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