Google et les géants de la tech lancent des data centers dans l’espace pour alimenter l’IA — mais le prix à payer pourrait être trop élevé
Les milliardaires technologiques, attirés depuis longtemps par l’espace, voient désormais dans les centres de données orbitaux une opportunité commerciale sérieuse. Alors que les géants de l’IA s’efforcent de construire des infrastructures énergivores au sol — souvent critiques pour l’environnement, la consommation d’eau et les coûts électriques — l’idée d’installer ces centres dans l’espace gagne du terrain. En 2025, six projets ambitieux ont déjà été annoncés, prévoyant des centres de données capables de consommer plusieurs gigawatts d’énergie, une capacité jusque-là théorique. L’objectif : exploiter l’énergie solaire illimitée disponible dans l’orbite terrestre basse, notamment dans les orbites synchrones au soleil, où les satellites bénéficient de l’ensoleillement quasi continu. Google a lancé en novembre 2024 le projet Suncatcher, visant à déployer une constellation de 81 satellites équipés de puces TPU, en orbite à 600 à 1 000 km d’altitude, formant un cluster de 1 km² avec une séparation de seulement 100 à 200 mètres entre chaque unité. Contrairement aux satellites individuels comme ceux de Starlink, ces appareils communiqueront via des lasers inter-satellites, une innovation clé pour éviter les câbles terrestres. Le lancement des deux premiers prototypes est prévu pour 2027. Cependant, les scientifiques restent sceptiques. Jonathan McDowell, astronome spécialisé dans le suivi des objets spatiaux depuis les années 1980, souligne que l’idée de placer des centres de données en orbite repose souvent sur une fascination pour l’espace plutôt que sur une nécessité technique. Le principal obstacle est la menace des débris spatiaux : plus de 14 000 satellites actifs orbitent déjà, dont près de deux tiers sont des Starlink. En 2025, les satellites Starlink ont déjà effectué plus de 140 000 manœuvres d’évitement. Dans le cas de Google, la proximité extrême des 81 satellites rend les manœuvres complexes : si un satellite échoue, il pourrait provoquer une cascade de collisions. Mojtaba Akhavan-Tafti, chercheur à l’Université du Michigan, estime que cette configuration est « sans précédent » et comporte des risques de défaillance majeurs. D’autres défis technologiques émergent. L’évacuation de la chaleur dans le vide de l’espace est extrêmement difficile. Starcloud, startup soutenue par Nvidia, utilise des panneaux infrarouges pour dissiper la chaleur, tout en blindant ses puces H100 avec des matériaux comme le tungstène, le plomb et l’aluminium. Pourtant, l’émission de rayonnement infrarouge et la réflexion de la lumière par les surfaces des satellites inquiètent les astronomes. John Barentine du Center for Space Environmentalism craint une pollution lumineuse qui perturberait les observations, notamment à l’aube et au crépuscule — moments cruciaux pour surveiller les astéroïdes proches de la Terre, selon McDowell. Malgré ces inquiétudes, l’essor des centres de données spatiaux semble inévitable. Google, Starcloud, Aetherflux et Blue Origin ont tous des projets en cours, avec des lancements prévus entre 2026 et 2028. Selon Seth Gladstone de Food & Water Watch, cette tendance reflète une fuite des problèmes terrestres vers l’espace, sans véritable solution durable. « Pourquoi Big Tech pense-t-il que la solution à ses problèmes sur Terre est de lancer encore plus de matériel dans l’espace ? » s’interroge-t-il. Les experts insistent sur la nécessité d’une gestion responsable de l’orbite basse. « Comment garder l’espace ouvert pour les générations futures ? » demande Akhavan-Tafti. L’avenir de ces projets dépendra de la capacité à concilier innovation, durabilité et respect de l’environnement spatial.
